Rappel libre débat 2006 - lp15

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Rappel libre débat 2006

Actualité
Compte rendu du libre débat du mercredi 6 octobre 2006.... toujours d'actualité.
BLASPHEME !
Défense de dire. Défense de rire. Défense de choquer. Défense de diverger. L'affaire des caricatures de Mahomet des films ou affiches utilisant des signes ou symboles religieux mettent en lumière ce constat : il est de plus en plus difficile, en France, d'échapper à la police de la pensée.
 
Nous faisons nôtre cette phrase de Jacques PREVERT :
 
« Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie »
   

Qu’est ce que le blasphème ?
 
 
Selon le petit Larousse un blasphème est une « parole impie, un discours qui insulte violemment la divinité, la religion et, par extension, quelqu’un ou quelque chose de respectable »
 
Selon le petit Robert un blasphème est une « parole qui outrage la Divinité, la religion par extension, propos déplacés et outrageants pour quelqu’un ou quelque chose»
 

 
On peut lire dans un catéchisme pour enfants de l’Eglise catholique :
 
« Que défend le second commandement ?
 
-Le second commandement défend tout serment faux, téméraire, injuste ou inutile, ainsi que les blasphèmes et les malédictions.
 
Qu'est ce que blasphémer ?
 
-Blasphémer c'est dire des paroles injurieuses contre Dieu ou les Saints, et surtout profaner le saint nom de Dieu.
 
Le Blasphème est-il un péché grave ?
 
-Le blasphème est un péché très grave, que Dieu souvent punit même en ce monde.

 
Il en résulte donc que l'affirmation d'une vérité non religieuse est considérée comme un faux serment et, dans certains cas même, un… blasphème ! Ainsi, Younus SHAIKH, en énonçant une vérité historique – Mohamed n'est pas né musulman mais l'est devenu à quarante ans seulement – a proféré un faux serment et… un blasphème !
   
 
 
Younus SHAIKH Issu d'une famille musulmane et ayant reçu son éducation dans des écoles musulmanes, le Dr. Younus Shaikh découvrit la voie du rationalisme à travers les livres. Après avoir étudié la médecine au Pakistan et en Irlande, il rentra dans son pays pour y être Docteur et professeur à l'université. En 1992, il fonda l'organisation rationaliste Les Lumières (The Enlightenment) dont il fut président. Il s'est battu courageusement dans des réunions et par le biais d'articles de journaux pour la liberté de pensée et la liberté de parole, pour la séparation entre Etat et religion et pour les droits des femmes. Il fonda et dirigea aussi la Fraternité D'Asie Du Sud qui a pour but de promouvoir la compréhension, la bonté et l'harmonie, la tolérance religieuse et les contacts directs entre les pays de l'Asie du Sud.
En Octobre 2000, il fut arrêté lors d'une soit-disant affaire de blasphème. Les fanatiques islamiques l'accusaient à tort d'avoir fait des remarques peu flatteuses à propos du Prophète lors d'une de ses conférences sur l'Arabie du 7ème siècle. Ils ont porté plainte contre lui en se référant à la loi draconienne appelée la Loi du Blasphème (section 295-C du code pénal du Pakistan) qui mène obligatoirement à la peine de mort. Condamné à mort en août 2001, il fut laissé à l'isolement dans une des tristement célèbres cellules de condamnés à mort de la prison centrale de Rawalpindi, et ce pendant 2 ans, avant d'être acquitté et relâché dans le plus grand secret sous d'extrêmes mesures de sécurité. Il a dû quitter son pays car les fondamentalistes menaçaient de le tuer et il vit maintenant en Suisse en tant que réfugié.
 
 
 
Or, le rapprochement entre faux serment et blasphème montre que, fondamentalement, un blasphème est un faux serment, c'est-à-dire l'énoncé d'une vérité qui n'est pas religieuse et qui présente cette particularité de contredire une vérité religieuse universelle, fondamentale et irréfutable
 
 
L'Histoire – et l'actualité avec Younus SHAIKH – rappelle que de nombreux scientifiques sont morts d'avoir démontré la réalité de vérités réelles, naturelles (scientifiques) qui étaient contraires à des vérités religieuses !
   
 
Le blasphème est de l'ordre de la croyance – de l'irrationalité - : il est essentiellement la contradiction, la contestation, la réfutation, le doute, le questionnement… d'une vérité religieuse dont le seul fondement est la croyance que l'on a en elle.
 
Ce point est important car il montre que, entre les mains de fanatiques, un dogme et, plus généralement, les canons de la foi, sont des alibis à tuer toutes celles et tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, blasphèment : l'accusation de blasphème n'a donc pas besoin d'être démontrée – il suffit de l'énoncer, de l'affirmer – et nul/le ne peut s'en défendre dès lors que la défense, in fine, consisterait à mettre en cause une vérité dogmatique ayant force de loi
   
Est blasphématoire tout ce qui est irrévérencieux à l'égard de Dieu et de l'ordre religieux, tout ce qui ne lui est pas soumis dans la plus totale obéissance !
 
l'extension du champ du blasphème aux choses saintes ou prétendues telles, autrement dit aux saintes écritures, aux saints vrais morceaux de la vraie croix et autres accessoires du divin acrobate, aux saintes reliques, aux lieux, colifichets et grigris de culte, aux habits liturgiques… a un double objectif :
   
1.    conférer aux écritures et à la liturgie un caractère d'infaillibilité ( le pape des catholiques est lui même déclaré infaillible pour ce qui concerne le dogme, ceci depuis un concile relativement récent )afin de les mettre à l'abri de toute critique ou même seulement de toute tentative d'analyse, de compréhension ; en fait, c'est une extension de la dogmatique à tout l'appareil de l'ordre religieux ;
 
2.    bannir le rire et l'humour du troupeau car, comme chacun le sait, la tristesse est une meilleure disposition à la croyance et, plus précisément, à la résignation, à la soumission alors que le rire est, pour une large part, une forme de révolte et, en tous les cas, d'affirmation de soi.
 

« Le blasphème n'est scandaleux qu'aux yeux de celui qui vénère la réalité blasphémée. »
(Pierre Bayle / 1647-1706)
   

 
 
 
 
«Toutes les grandes vérités commencent par être des blasphèmes.»
 
[George Bernard Shaw] Extrait de Annajanska
   
 
Quelques grands blasphémateurs :
 
Nicolas COPERNIC né en 1473 c’est un polonais d’origine allemande. Pour lui, la terre tourne sur elle-même et tourne autour du soleil. Problème, dans la bible, le psaume 93 déclare :  « tu as fixé la terre ferme et immobile ». En homme d’Eglise qu’il est Copernic fait profiter les siens de sa découverte mais se garde bien de la populariser, son principal ouvrage ne paraîtra que quelques jours avant sa mort. Ce n’est qu’en 1616 que ses idées seront condamnées par l’Eglise notamment grâce à la publicité que va en faire un certain Galileo Galilei connu en France sous le nom de Galilée.
 
 
GALILEE défend les thèses de Copernic, il est jugé en 1633, le verdict est sans appel « ledit Galilée sera appelé à abjurer, son œuvre comme celle de Copernic sera mise à l’index », il abjure et meurt, sur son tombeau figure la phrase célèbre : « et pourtant elle tourne ». Il faudra attendre 1992 pour que JPII réhabilite Galilée et admette que la terre n’est pas plate.
 
 

Giordano BRUNO né en 1548, il entre au couvent pour étudier, devient prêtre, il est d’abord accusé de profanation du culte de Marie pour avoir enlevé une image de la sainte du mur de sa chambre, il ne croit pas à la sainte trinité, il est déclaré hérétique, on le stigmatise pour homosexualité et athéisme deux procès qui vont déjà souvent ensemble. Tout en ne maîtrisant pas totalement les implications scientifiques de Copernic il avance que la terre tourne sur elle même, qu’elle n’est pas le centre du monde, que le soleil est une étoile, que le monde n’a plus de centre, il est excommunié pour la deuxième fois. Dénoncé à l’inquisition, son procès va durer huit ans. A la lecture de sa condamnation il aura cette phrase restée célèbre « Vous éprouvez sans doute plus de craintes à rendre cette sentence que moi à l’accepter », il est brûlé vif le 17 février 1600 sur le campo dei fiori.
 
Plus de quatre siècle plus tard, le Vatican n’a jamais véritablement réhabilité Bruno, alors que son inquisiteur et bourreau a été, lui, depuis longtemps béatifié.
 
 
LE CHEVALIER DE LA BARRE
 
Le 8 AOÜT 1765 on apprend que la statue en bois du pont neuf d’Abbeville a été tailladée à coups de couteau par un plaisantin. On apprend qu’un certain Chevalier de la Barre âgé de 19 ans et deux de ses amis se seraient vantés de pas  avoir ôté leur chapeau au passage d’une procession. On trouve chez lui des ouvrages libertins et un exemplaire du dictionnaire philosophique de Voltaire. Dans un premier temps, il est assigné aux galères puis finalement condamné à subir la torture ordinaire et extraordinaire, à avoir le poing et la langue coupés, à être décapité et son corps brûlé avec le dictionnaire encyclopédique le 1er juillet 1766.
 
Voltaire tentera de le faire réhabiliter, il le sera en 1793 par la Convention. Sa statue érigée par un comité de libres penseurs en 1897, sera déboulonnée en 1941 par le gouvernement de Vichy, comme celle de Voltaire à St Claude.
 
 
SCORCESE et l’image du christ
 
Malgré l’avertissement du prologue, rappelant que le film est une adaptation du livre de Kazantzakis et non des Evangiles, La Dernière Tentation du Christ n’a pas manqué de faire scandale auprès des extrémistes religieux qui, bien évidemment, critiquaient sans n’avoir ni lu le livre, ni vu le film. On se souvient qu’en France, un cinéma de Saint-Michel avait été incendié par un groupe de catholiques fanatiques, arguant haut et fort que le film était blasphématoire.
 
 
Bettina REIMS
 
Événement : pour la première fois, la vie de Jésus est racontée en photographie.
 
Cette publication a suscité deux actions en référé, l'une à Paris par l'AGRIF, coutumière du genre, mais qui a été déboutée au motif que son "indignation" n'était pas partagée par les évêques. Si l'on peut se réjouir du rejet de la plainte, le motif n'est pas sérieux, et il est même inquiétant pour l'avenir: est-ce à dire que la plainte aurait été considérée si elle avait été présentée par l'association Croyances et Liberté, créée par la conférence épiscopale de France pour censurer ce qui lui déplait?
 
La deuxième plainte a été présentée à Bordeaux par Laguérie, ancien curé de la paroisse intégriste de St-Nicolas du Chardonnet, contre trois librairies: FNAC, Virgin, Mollat. Le juge ("de bénitier" comme a écrit Charlie-Hebdo) a interdit l'exposition, mais non la vente, dans ces trois librairies, sous astreinte de 500 F par "infraction constatée" (comment compter "une" infraction: par heure, par jour, par semaine?). Parmi les attendus de ce jugement: "La nudité de la partie supérieure du corps peut rappeler la fille publique de l'Evangile, dans une attitude offerte à la concupiscence de la chair."
 
 
COSTA GRAVAS
 
Amen, le film de Costa-Gravas, a suscité une vive polémique lors de sa présentation, en février 2002, au Festival de Berlin. Le film, inspiré de la pièce Le Vicaire, du dramaturge autrichien Rolf Hochhuth, évoque le silence du Vatican – et du pape Pie XII – pendant l'extermination des juifs programmée par Hitler.
 
Commençons par la polémique: selon certains mouvements catholiques, Costa-Gravas fait preuve de mauvaise fois. Le Pape à protesté (cf tract distribué par le mouvement de la Jeunesse Catholique de France à Strasbourg le 4 mars 2002).
Citation à l'appui Pie XII aurait parlé dans son discours de Noël 1942 pour "la centaine de milliers de personnes innocentes qui par le seul fait de leur nation ou de leur race, ont été voués à la mort par une progressive extermination".
Dans le contexte de l'époque cela désigne les juifs: on peut l'admettre mais il faut reconnaître que les termes camps de concentration et juifs auraient "heureusement" éclairé le message...
Et surtout deux lignes sur vingt pages de considération morales pas particulièrement toniques si l'on peut dire. Ce n'est pas énorme.
 
 
LA CENE
 
Une photographie de l’artiste Renée Cox, américaine d’origine jamaïcaine, intitulée Yo Mama’s Last Supper. Cette œuvre de 1996 , exposée en février 2001 dans le cadre d’une exposition de 94 « photographes noirs » à Brooklyn a été considérée comme blasphématoire.
 
L’artiste, qui ne renie pas son éducation catholique, répond : « Je ne comprends pas pourquoi ils parlent d’anti-catholique, j’ai grandi en tant que catholique.. » . Ce n’est pas le christianisme qu’elle attaque, mais la forme historique qu’il a pris, au travers d’une institution masculine, majoritairement blanche, opposée au ministère pastoral féminin. En prenant visuellement la place du Christ, Renée Cox revendique la liberté pour les femmes noires de devenir prêtres, d’être véritablement, elles aussi, images du Christ. Cox veut pouvoir se présenter comme elle est, dans sa vérité c’est-à-dire sa nudité de femme afro-américaine.
 
 
VOLKSVAGEN
 
Cette publicité faisaitt partie d’une campagne publicitaire qui a couvert, en janvier 1998, la France de 10 000 panneaux qui s’inspiraient, sous quatre versions différentes, du religieux chrétien . Le coût de la campagne a été évalué à 100 millions de francs. Le panneau qui a fait scandale représentait un parodie de la Cène de Léonard de Vinci, accompagné d’un slogan se détachant en lettres blanches sur le bas de l’affiche : « Mes amis, réjouissons-nous, car une nouvelle Golf est née ». La référence à la Cène de Vinci est explicite : les disciples sont tous assis derrière une table allongée recouverte d’une nappe blanche, avec des poses qui rappellent ceux des personnages de la peinture italienne, sans toutefois être semblables. Le repas pascal prend toute la place de l’espace publicitaire, il est le seul sujet de l’affiche. On ne voit pas de voiture Volkswagen, simplement le slogan « Génération Golf », avec le logo de l’entreprise allemande en haut à droite. L’association « Croyances et libertés » qui représente des intérêts de l’épiscopat français, a décidé de poursuivre devant le tribunal de grande instance de Paris l’agence de publicité DDB-Needham France et le groupe Volkswagen France pour la campagne publicitaire, réclamant 3, 3 millions de francs de dommage et intérêts. La firme automobile a promis de retirer aussitôt ses affiches, mais ce ne fut pas suffisant. Les deux parties opposées sont finalement arrivés à un accord à l’amiable : les affiches furent retirées et un don fait au Secours catholique.
 
Selon les accusateurs catholiques, on est ici dans le cas d’une captation d’un patrimoine symbolique cher à des millions de croyants, pour des buts exclusivement commerciaux et mercantiles.
 
 
GIRBAUD
 
Sept ans plus tard, en février 2005, revoilà le même motif et les mêmes réactions. Les créateurs de prêt-à-porter Marithé et François Girbaud se sont inspirés de la Cène de Léonard de Vinci pour une publicité. Pourtant leur publicité est beaucoup plus discrète que celle du constructeur automobile allemand : elle est peu visible (elle n’a pas fait l’objet d’une campagne massive et omniprésente), aucun slogan ne l’accompagne, le logo de la marque est discret. Le cadre architectural soulignant l’attitude hiératique du Christ est absent ; le pain et le vin (suggéré par un simple gobelet) ne sont pas devant le Christ mais sur le côté. La table est d’un design moderne, sans nappe blanche et sans pied. Seule innovation, certainement à l’origine des protestations : les personnages - le Christ comme les disciples - sont, à l’exception d’un seul, des femmes. La femme en Christ ainsi que les femmes disciples sont sobrement vêtues. Seul le disciple homme, prenant la place de Jean dans la peinture de Vinci, est torse nu, et a une attitude lascive et ambiguë, assis à moitié sur la table, à moitié entre deux femmes. La publicité est donc très "tendance", jouant sur des connotations à la fois religieuses et sensuelles. Là encore l’association Croyances et Libertés proteste et intente une action en référé auprès du tribunal de grande instance de Paris, lequel s’est prononcé le 10 mars 2005 pour l’interdiction de l’affiche. « L’injure faite aux catholiques apparaît disproportionnée au but mercantile recherché », affirme le tribunal. Au nom de la conférence des évêques de France, le tribunal des référés de Paris juge que l’affiche constitue « un acte d’intrusion agressive et gratuite dans le tréfonds des croyances intimes », tandis que le Maître Thierry Massis, défendant les intérêts de l’épiscopat juge la démarche « blasphématoire », et parle de « dérision », de « dévoiement », « d’utilisation mercantile d’un acte fondateur ».
 
 
Par rapport au scandale précédent, on note la même prétention de l’Eglise catholique visant à s’approprier un double héritage, culturel et religieux. Mais avec une fermeté grandissante : deux arguments invoqués pour la condamnation de la publicité Volkswagen n’ont pas lieu d’être ici : la présence d’un slogan pouvant ridiculiser la pratique religieuse (chez Girbaud, il n’y en a pas), et l’ampleur de la campagne publicitaire (il n’y eut qu’un seul affichage de rue à Neuilly, les autres visuels devant être relayés par la presse).
 Le débat semble s’être déplacé du terrain théologique au terrain juridique : là où prévalait en 1996 une argumentation sur l’héritage du christianisme, sur le statut et la nature de l’art religieux, sur l’utilisation possible d’une symbolique religieuse dans l’espace public, prévalent maintenant des arguments faisant appel à l’autorité et à la morale de l’Eglise catholique.
 Pas plus que dans le cas précédent, cette Eglise n’a pris en compte les réactions possibles d’autres Eglises chrétiennes, ni même demandé l’avis de ses propres membres. Elle se pose toujours comme le seul détenteur d’un patrimoine religieux fondé sur des textes bibliques qui nourrissent la piété de toutes les Eglises.
 La publicité est l’objet d’un conflit d’interprétations : certains y voient des débordements sensuels, là où d’autres ne perçoivent que de vagues allusions.
 
 
BENETTON
 
 
 
 
 
 


 
Comment transformer le blasphème en racisme
 
 
AGRIF : (Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Française
 
Croyances et Liberté, créée par la conférence épiscopale de France
 
 
C’est un tour de passe passe remarquablement efficace : accuser les libres penseurs de racisme antireligieux.
 
Les intégristes chrétiens sont les premiers a avoir pigé le truc. Régulièrement traînés en justice pour racisme, incitation à la haine raciale ou pour négation de faits historiques depuis les lois Pleven de 1972 et Gayssot de 1990 « Tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe », les associations d’extrême droite et leurs avocats cogitent. Entre 1981 et 1999, sur quarante procès qui lui ont été intentés, l’extrême droite en a gagné trente.
 
L’idée est à porter au crédit de Bernard Antony responsable du Centre Charlier qui est le carrefour des associations intégristes chrétiennes proches du front national.
 
Les lois antiracistes interdisent bien que l’on discrimine ou incite à la haine « en raison de la religion », mais cette disposition est essentiellement pensée pour protéger les minorités religieuses. Se poser en minoritaire est donc indispensable, il ne s’agit plus donc de d’agir en moralistes, mais en victimes du « racisme antireligieux », ce sera la naissance de l’AGRIF en 1984 (Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Française qui devient bientôt une spécialiste des procès pour « racisme anti- français » ou « racisme anti- chrétien »,  il s’agit de condamner la moindre affiche ou film jouant avec les symboles de la religion chrétienne. Personne n’est dupe, tout le monde comprend qu’il s’agit d’attaquer la critique du religieux.
 
 
D’autres associations qui ont bien compris la leçon vont avoir recours au même stratagème avec le mot « islamophobie ». Le succès de ce mot tient à plusieurs facteurs :
 
·         la gauche antiraciste s’inquiète au lendemain du 11 septembre 2001 des amalgames possibles( arabe = musulman = intégriste = terroriste). Or ce mot est plus court que « racisme antimusulman » qui est une expression plus juste. L’expression « racisme antimusulman » vise bien la phobie envers les individus (les musulmans) alors que « islamophobie » désigne la phobie envers la religion (l’islam).
 
·         Le mot « islamophobie » fait echo au mot « homophobie », mais cet echo est trompeur. Autant il est légitime de condamner un propos phobique envers des homosexuels ou l’homosexualité, c’est-à-dire condamner un comportement témoignant d’une haine envers des individus pour ce qu’ils sont, autant la phobie envers une idée, une idéologie ou une religion doit impérativement faire partie de la liberté d’expression. Sans quoi le débat se résumerait à traiter de « mondialisophobe », « communistophobe », christianophobe » toute personne qui serait en désaccords avec la mondialisation, le communisme ou le christianisme…
 
Après l’affaire des caricatures Maître Taleb qui faisait partie à l’époque du MRAP déclare :  « Au delà du combat contre le racisme, la loi devra également s’appliquer en matière de respect du sentiment religieux », il propose même de créer un observatoire qui s’efforcera de faire respecter le « respect du sentiment religieux »
 
Si je dis que Mahomet n'est pas né musulman – et pour cause ! – je commets un blasphème
 
En revanche, lorsque le chef des catholiques dit que les horreurs du nazisme sont l'héritage direct du Siècle des Lumières, de la Raison et de l'Athéisme ce n'est pas un blasphème au sens d'une offense, d'une insulte à mes convictions .
 
Il n'est pas non plus blasphématoire qu'hier un pape et, aujourd'hui, un ayatollah condamne les Droits de l'Homme au motif qu'ils ne sont pas "respectables" dés lors que conquis par des luttes d'hommes et de femmes et non "concédés" par un dieu ou ses représentants terrestres .
 
Quel est donc ce "jeu" où certains – les religieux – se prévalent du droit d'imposer aux autres joueurs leurs règles tout en se donnant le droit de modifier sans cesse, à leur seul avantage, les règles qu'ils ont eux seuls choisies ? Oui, quel est donc ce "jeu" quand le terme de "jeu" n'est sûrement pas le plus approprié qui soit puisque pour les autres joueurs – des hommes, des femmes et des enfants – la mise n'est autre que… leur vie ?
   
 
Ne suis-je pas fondé à revendiquer le droit au blasphème quand d'autres revendiquent l'interdiction de blasphémer ?
 

Les lois françaises n'ont pas à protéger la conformité théologique d'un livre, d'un film ou d'une oeuvre quelconque; elles ne reconnaissent aucun culte et donc aucun "blasphème".

   
Liberté d'expression
 
La liberté d'expression est l'un des droits de l'Homme les plus essentiels. Elle est la condition sine qua non non seulement à l'exercice de la démocratie mais aussi de la vie scientifique, artistique, philosophique ou religieuse.
Inversement, le système démocratique est le garant de cette liberté fondamentale.
La liberté d'expression comporte également une dimension plus précisément juridique quand elle est liée au droit de la presse.
 
La liberté d'expression est garantie notamment par la Déclaration des droits de l’homme des droits de l'Homme, en son article 11.
   
"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, (...)"    Art. 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789
   
La liberté d'opinion et d'expression est généralement considérée comme une liberté fondamentale de l'homme. Elle est citée à l'article 19 de la déclaration universelle des droits de l'homme comme suit:
   
"Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit."
   
Si la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 ne spécifie pas davantage de conditions particulières ni restrictions à cette liberté d'expression, cependant, un certain nombre de juridictions, sous l'égide des Nations unies et des pays y adhérant, -ce qui est le cas de la législation française-, limitent toutefois cette liberté aux propos incitant à la haine raciale, nationale ou religieuse et relevant de l'appel au meurtre qui sont des délits interdits par la loi.
 
Elle va de pair avec la liberté d'information et plus spécifiquement la liberté de la presse, qui est la liberté pour un propriétaire de journal de dire ou de taire ce que bon lui semble dans son journal, sous réserve d'en répondre devant les tribunaux en cas de diffamation ou calomnie. La calomnie et la diffamation étant là aussi, les restrictions imposées à la notion de liberté d'expression pour toute parole publique, comme pour l'incitation à la haine et au meurtre.
   
Le pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté par l'Assemblée générale des Nations unies précise que la liberté d'expression comprend «la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce sans considération de frontière» (article 4.).
   
limitations : refus d'incitation à la guerre, aux discriminations
 
L'exercice des libertés comporte des devoirs et implique des responsabilités. Il connaît certaines restrictions qui doivent être expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires au respect des droits et de la réputation d'autrui. L'article 20 du pacte international stipule les limitations suivantes: « Toute propagande en faveur de la guerre (guerre d'agression) est interdite par la loi. Tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l'hostilité ou à la violence est interdit par la loi.» La diffusion d'idées fondées sur la supériorité raciale ou les activités de propagande organisée qui incitent à la discrimination raciale et qui l'encouragent sont donc contraires à l'un des buts des Nations unies.
 

A propos de l’affaire Redeker
 
La Fédération nationale de la Libre Pensée, informée  des menaces de mort pour « Blasphème » contre Robert Redeker ne saurait accepter cette entrave délibérée à l’exercice du droit d’exprimer son opinion. Elle s’adresse solennellement aux pouvoirs publics pour qu’ils assurent la protection, à leurs frais, du citoyen Robert Redeker, car le droit à la protection de sa vie est un droit imprescriptible des citoyens.
 
La liberté absolue de conscience étant garantie constitutionnellement par les lois de la République et, en premier lieu, par la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905, dont la Libre Pensée a réaffirmé, avec force et vigueur,  toute la validité et la modernité à l’occasion de son centième anniversaire ; il ne saurait y avoir aucune entrave, de quelque nature que ce soit, à l’exercice de cette liberté fondamentale.
 
 
1-    Robert Redeker écrit un article dans le Figaro le 19 septembre 2006, où l’on peut lire les choses suivantes (extraits) :  « Le Coran est un livre d'inouïe violence… Mais ce qui différencie le christianisme de l'islam apparaît : il est toujours possible de retourner les valeurs évangéliques, la douce personne de Jésus contre les dérives de l'Église. Aucune des fautes de l'Église ne plonge ses racines dans l'Évangile. Jésus est non violent. Le retour à Jésus est un recours contre les excès de l'institution ecclésiale. Le recours à Mahomet, au contraire, renforce la haine et la violence. Jésus est un maître d'amour, Mahomet, un maître de haine.
 
Au lieu d'éliminer cette violence archaïque, à l'imitation du judaïsme et du christianisme, en la neutralisant (le judaïsme commence par le refus du sacrifice humain, c'est-à-dire l'entrée dans la civilisation, le christianisme transforme le sacrifice en eucharistie), l'islam lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud. Quand le judaïsme et le christianisme sont des religions dont les rites conjurent la violence, la délégitiment, l'islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine. «
 
 
2-    Il ne s’agit donc pas d’une critique laïque et rationaliste des croyances, mais l’affirmation que toutes les religions ne se valent pas et que l’Islam est pire que toutes les autres. Au passage, la lecture historique est un peu « révisionniste », car faire de la Bible hébraïque un livre de douceurs humanistes relève d’une méconnaissance totale d’un ouvrage qui fait l’apologie de massacres et de pillages et qui amène l’assassinat politique au rang de méthode de gouvernement.
 
Quant au christianisme, l’auteur devrait méditer les phrases suivantes que l’on prête au dénommé Jésus :  « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. (Matthieu,10,34,37)». Ou encore : « Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les devant moi. (Luc, 19, 26,27] ». On conviendra qu’en matière de non-violence, on a fait mieux.
 
 
3-    Pour l’auteur, le débat ne se situe pas dans une critique globale des religions, mais bien dans l’établissement d’une hiérarchisation des systèmes de croyances selon un étalon de valeurs qui est le sien. Cela ne peut donc déboucher que sur un contexte d’affrontements religieux, voire de guerre civile. C’est le point de départ de cette affaire.
 
 
4-    Force est de constater qu’une bien curieuse union nationale se crée autour de ce problème avec un certain nombre de gens peu connus pour leur attachement à la liberté de conscience et à la laïcité, du journal démocrate-chrétien le Monde, au ministre de Robien en passant par le Figaro. C’est un peu louche.
 
 
5-    Constatons que des propos  disproportionnés sont utilisés dans cette question, ce qui ne contribue pas à l’examen lucide et rationnel du problème. Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle affaire Salman Rusdhie, Tasliman Nasreen ou du Dr Shaikh.  Ces trois éminents laïques ont écrit dans un pays islamique et ont encouru les lois islamiques de ces pays qui prévoient que le « délit de blasphème » est puni de mort. Le risque  était d’une autre nature que celle que subit Robert Redeker qui n’est pas de culture islamique (ce qui fondait et aggravait le caractère de « blasphème » dans les pays islamiques). Il est dans un pays qui depuis 1792 a abrogé ce délit. Personne de sensé ne peut ignorer les différences de situations qui ont amené une campagne acharnée de la Libre Pensée pour sauver Salman Rushdie, Tasliman Nasreen et le Dr Shaikh.
 
 
6-    En matière de défense du droit à la liberté d’expression, la Fédération nationale de la Libre Pensée  rappelle qu’elle a défendu le professeur Louis Chagnon de Courbevoie qui était poursuivi pour simplement avoir rappelé des vérités historiques, dûment vérifiées, sur le rôle de Mahomet contre une tribu juive. La Libre Pensée est fière d’avoir eu dans ses rangs les plus illustres penseurs de la critique religieuse.
 
Après avoir examiné l’ensemble des considérants de cette affaire, la Fédération nationale de la Libre Pensée n’entend pas s’associer aux campagnes  publiques actuelles mais, au contraire, agir sur son propre terrain, en toute indépendance,  pour défendre pleinement et efficacement la liberté absolue de conscience.
 
Je ne pense pas que la liberté de conscience soit en cause. La liberté d'expression, sans doute, mais alors bien d'autres que lui en sont privés.
 
Que M. Redeker (1) pense ce qu'il veut.
 
Qu'il publie -dans le Figaro comme par hasard ! - un texte qui alimente la croisade impérialiste du soi-disant choc des civilisations de M.M. Bush et consort le rend politiquement, par contre, éminemment condamnable.
 
Je ne donnerai pas la moindre seconde de mon temps pour le défendre ni pour disserter sur son cas.
 
Les caricatures de Mahomet, les déclarations de Ratzinger, les conneries de Redeker... même combat.
 
Pour Régis Debray, le monde est divisé en deux : d'un côté les humiliés, de l'autre les humiliants. De ceux-ci, je ne serai d'aucune manière.
 
Gaston PELLET
 
(1) bien mauvais prof de philo qui ferait mieux de s'intéresser à la philosophie qu'aux religions, croyances obscurantistes, dont on nous rebat les oreilles pour combler le vide.
Roger De Nascimento
 
 
 
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