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Fédération du Cantal de la Libre Pensée

Libre débat
mercredi 6 février 2019 18h 15

Les migrations internationales
Contribution de la Fédération du Cantal de la Libre pensée à la question à l'étude 2019



La crise de l'accueil des réfugiés en Europe a mis sur le devant de la scène la question des migrations internationales. Le nombre des migrants internationaux est passé de 75 millions en 1977 à 244 millions en 2018 soit un triplement en quarante ans, bien que cela ne représente que 3,5% de la population mondiale.
 
L'UE reste la première destination migratoire au monde en termes de flux, devant les USA, les Pays du Golfe et la Russie.

Mais alors que les flux sud/nord occupent l'essentiel des débats, les flux qui se dirigent vers le sud de la planète (124 millions environ) ont dépassé en nombre les flux qui se dirigent vers le nord (120 millions: sud/nord et nord/nord). Si on ajoute 740 millions de migrants internes (dans leur propre pays), un milliard d'habitants est donc en situation de migration dans le monde sur 7 milliards (1 personne sur 7). Il y a, en Chine, autant de migrants internes que de migrants internationaux dans le reste du monde, soit 240 millions.

Quelques définitions
 
Migrants et étrangers
 
Selon les Nations unies, le migrant international est quelqu'un qui est né dans un pays et qui vit dans un autre pays que le sien pour une dure égale ou supérieure à un an (pour ne pas le confondre avec le touriste, le stagiaire, l'étudiant de courte durée ou le travailleur saisonnier). Le migrant est donc celui qui a fait un déplacement géographique, même s'il a la nationalité du pays qu'il rejoint ( pour les personnes nées à l'étranger).
 
On parle d'émigration quand on se place du point de vue du pays de départ et d'immigration quand on se place du point de vue du pays d'accueil.
 
Les pays d'immigration dite de peuplement comme ceux du nouveau monde (Etats unis, Canada, Amérique latine, Australie, Nouvelle Zélande) comptent leurs migrants selon cette définition.

En Europe, par contre, on utilise souvent la définition d'étrangers, c'est-à-dire de  non nationaux pour compter l'immigration. Un étranger est un non national, aux termes du droit de la nationalité du pays d'accueil, les critères varient d'un pays à l'autre selon deux paramètres:
 
  • la nationalité acquise par le droit du sol (naissance sur le sol du pays d'accueil ou résidence donnant droit à la naturalisation).
  • ou droit du sang par filiation.
 
On assiste au développement de la double nationalité chez les populations issues de l'immigration du fait de la combinaison de ces deux régimes pour ceux qui sont nés dans le pays d'immigration.

Réfugiés et demandeurs d'asile
 
A la différence du migrant souvent défini comme migrant volontaire que ce soit pour le travail, le regroupement familial, les études, l'installation à la retraite dans un autre pays, le réfugié est défini comme un migrant forcé, c'est-à-dire contraint par des circonstances de crise. La Convention de Genève de 1951 définit le réfugié comme:
 
"toute personne qui, craignant avec raison d'être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont il a la nationalité et qui ne peut, du fait de cette crainte ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays",
 
On peut dire que c'est quelqu'un qui a été persécuté individuellement ou qui craint, de façon fondée, la persécution dans son pays.
 
Le candidat à l'asile est appelé demandeur d'asile, puis réfugié lorsqu'il obtient la protection comme tel dans le pays d'accueil. Certains réfugiés sont des déplacés internes dans leur pays, ils peuvent être protégés par les organisations internationales.
 
D'autres n'ont qu'une protection temporaire dans les pays d'accueil.
 
Les déplacés "environnementaux" ne bénéficient pas de la protection des réfugiés car ils ne sont pas considérés comme persécutés individuellement et se réfugient souvent à l'intérieur de leur propre pays en proie à des catastrophes naturelles ou au changement climatique. Le GIEC prévoit qu'à l'horizon 2050 ils pourraient atteindre 150 millions de déplacés.
 
Autres
 
D'autres catégories se sont développées comme:
 
  •        les mineurs non accompagnés, qui relèvent jusqu'à leur majorité de la Convention de 1989 sur la protection des droits de l'enfant,
  •         les apatrides privés de nationalité suite à des guerres et dont la Convention des Nations Unies de 1954 cherche à réduire le nombre,
  •        les sans papiers entrés illégalement dans les pays d'accueil ou ayant poursuivi illégalement un séjour régulier (touriste, étudiant) ou les déboutés du droit d'asile devenus sans papiers après le refus de leur demande d'asile.

L'immigration c'est aussi l'histoire du monde
 
L'humanité a toujours migré et la migration fait partie de son histoire. Les religions du Livre (juive, chrétienne, musulmane) ont inscrit les migrations dans l'histoire de leurs peuples ou de leurs guides: exodes, exils, hégire.
 
D'autres temps forts de l'histoire du monde se sont inscrits dans la migration et la mobilité: les sociétés antiques faisaient une place aux héros ayant vécu des odyssées, aux nouveaux venus (les métèques), souvent inférieurs en droits aux citoyens sédentaires. Puis, les grandes invasions, les croisades, les grandes découvertes ont donné lieu à de multiples transferts de connaissances, de pouvoirs, de métissage et de violences.

Plus tard, l'histoire des Etats a mis l'accent sur:
  • l'unité,
  • la stabilité,
  • la sédentarité
  • et le caractère autochtone de leurs population
et s'est fondée sur la définition d'une identité commune (artificielle) souvent ancrée dans une nation territorialisée avec une religion unique (cujus regio, ejus religio, à chaque région sa religion). Les migrants étaient alors soit une élite (écrivains, diplomates, explorateurs, savants...) soit des professionnels du voyage (marchands, colporteurs) soit des indésirables (minorités religieuses, expulsés politiques).

D'une migration d'individus à une immigration de masse
 
C'est au cours du XVIIIème mais surtout au long du XIXème siècle que les migrations internationales ont pris une dimension nouvelle.
 
Déjà l'esclavage vers les îles à sucre ou les plantations de coton (Antilles, Réunion, Ile Maurice mais aussi le sud des Etats Unis et Brésil, Colombie, Equateur) l'esclavage avait conduit à transporter vers les colonies, à des fins de transplantation, plusieurs centaines de milliers d'esclaves dans le cadre du commerce dit triangulaire entre Europe Afrique et Amériques.

Le XIXème va voir se développer, dans sa seconde moitié, une migration de masse liée au peuplement de grands territoires vides ou peu peuplés.
 
Au début du XXème siècle, les migrations internationales constituaient 5% de la population mondiale contre 3,5% aujourd'hui. Il s'agissait de migration de masse essentiellement blanche car l'Europe était relativement peuplée par rapport aux vastes territoires à occuper. Le droit de sortie était difficile et le droit d'entrée aisé.
 
C'est ainsi que les pays d'Europe du nord ont perdu environ 30% de leur population partie vers l'Amérique du nord et du sud (allemands, anglais, irlandais, italiens, français).
 
De son côté, l'Algérie, comme l'Australie a été progressivement peuplée par des proscrits puis par des colons car ces deux pays attiraient peu les immigrants à leur début.

D'une migraton de travail à une immigration comme option ou mode de vie
 
C'est la seconde guerre mondiale qui va se traduire par les mouvements les plus importants de migrants et de réfugiés.
 
Si on s'interroge sur les continuités et les changements qui ont affecté les mouvements migratoires d'hier et d'aujourd'hui, on constate que les facteurs de départ n'ont pas beaucoup changé, sauf qu'ils s'inscrivent plus dans la mondialisation des échanges avec une offre de voyage, y compris clandestin et le recours aux nouvelles technologies de l'information et de la communication qui donnent à voir sans cesse un monde meilleur à celui qui veut changer de vie. La pauvreté (même si ce ne sont pas les plus pauvres qui partent) les crises politiques, le goût de l'aventure, les catastrophes environnementales, discriminations ethniques ou religieuses, chômage, etc...ont fait entrer le XXIème siècle dans une aspiration à la mobilité comme mode de vie.

Migrations et frontières

La frontière a longtemps matérialisé la peur du "barbare" et la crainte de l'"invasion".
 
Au début de ce XXIème siècle mondialisé la mobilité est valorisée comme un pan essentiel de la modernité alors que certains tendent à militariser les frontières.
 
La relation entre frontière et migration est capitale, il n'y a pas de migrations sans frontières traversées, ni de frontières sans transgression liée à la migration.
 
La fin du XXème siècle a été marquée par une série de bouleversements affectant les migrations, au point de faire de celles-ci une question géopolitique majeure. Malgré le contrôle accru à la frontière, (notamment autour de l'Europe et au sud des Etats unis), la pression migratoire s'est maintenue animée par des réseaux transnationaux (les passeurs), une économie du passage s'est installée.
 
Il existe des lieux devenus symboliques du franchissement des frontières. La frontière est multiple, juridique, géographique, à distance (espace Schengen), assortie de murs, de camps, de prisons et de morts.
 
Ces lieux sont:
 
·         les Iles (de la Méditerranée),
 
·         les territoires (Etats unis/Mexique, Grèce/Turquie),
 
·         les mers (Mer du Nord, Méditerranée)
 
·         les frontières à distance (visas, zones d'attente en amont et centres de rétention en aval),
 
·         les frontières politiques (Cisjordanie en Israël ou séparation Corée du nord, Corée du sud),
 
·         la frontière construite par l'Inde avec le Bangladesh, pour prévenir les migrations de travail et environnementales,
 
·         changement de statut de la frontière (Portugais devenus européens alors que les Algériens sont désormais soumis aux visas).
 
Les politiques migratoires qui s'appliquent à contrôler les frontières y réussissent imparfaitement. De plus elles alimentent un passage tarifé (passeurs, employeurs du pays d'accueil, contrebandiers, voire douaniers).  La migration est devenue un système dans de nombreux pays de départ.

La frontière est devenue peu à peu un point de fixation pour les politiques migratoires attachées à en contrôler le franchissement et pour ceux qui ont pour objectif de la transgresser. Des murs se sont construits:
 
·         à Berlin, entre l'est et l'ouest en 1961,
 
·         à Ceuta et Melilla, dans l'enclave espagnole du Maroc en 1999.
 
Après la chute du rideau de fer (Le rideau de fer était une frontière symbolique entre les États-Unis, l'Europe de l'Ouest et les États du bloc soviétique, fondés par le Pacte de Varsovie en 1955), les frontières se sont ouvertes pour la sortie du territoire national à l'échelle mondiale (monde soviétique, Chine, Afrique) mais fermées pour l'entrée dans le pays d'accueil. Avec le développement des migration et la généralisation de la possibilité de détenir un passeport, le droit de sortie est devenu universel presque partout dans le monde alors que l'entrée, soumise aux pouvoirs des pays d'accueil, a été rendue plus difficile que la sortie à cause de l'obligation des visas (Cachet authentique, valant autorisation de séjour, apposé sur un passeport par les services diplomatiques (ambassade, consulat ou représentation) des pays dans lesquels désire se rendre le demandeur.)
  
Alors que la frontière est abolie par ceux qui bénéficient de la libre circulation, elle devient omniprésente pour ceux qui entrent par la porte principale, qui sont soumis aux contrôles d'identité, à la qualification de leur demande d'asile ou aux menaces de rapatriement, mais surtout pour ceux qui entrent par la "porte de service" et qui sont des "sans papiers".

Les migrations d'élites
 
La migration d'élites a suscité depuis le début du XXIe siècle une attention particulière de la part des Etats d'accueil et des Etats d'origine qui commencent à s'intéresser à leurs émigrés les plus qualifiés. Les pays d'accueil, qui sont conscients des risques de concurrence pour le recrutement des cerveaux du monde entier dans les secteurs de pointe ouvrent leurs frontières à ces migration de haut niveau.

Europe et migrations
 
l'Europe est une région migratoire qui est dominée par le souci de la gestion de ses frontières, à l'Est et au Sud. Alors qu'elle a été pendant longtemps le point de départ vers le nouveau monde et les colonies, elle est devenue un continent d'immigration.
 
Elle est un carrefour de liens:
 
·         familiaux (constitués par les migrations antérieures),
 
·         économiques (accords bilatéraux de main d'œuvre, Turcs en Allemagne, Marocains en Espagne, Albanais et Tunisiens en Italie, Ukrainiens au Portugal),
 
·         géographiques, historiques( passé colonial),
 
·          linguistiques,
 
·         culturels avec les régions de départ et de transit.

Pourtant, l'immigration continue à être regardée comme une donnée temporaire par l'UE alors qu'elle est une donnée constitutive de sa population et de son identité. Les flux qui touchent l'Europe depuis 25 ans peuvent s'expliquer de la manière suivante:
 
·         le passage pour les pays d'Europe du sud et de l'est de pays d'émigration à pays d'immigration ou de transit, certains pays étant devenus l'un et l'autre à la fois (Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Pologne)
 
·         l'explosion de la demande d'asile vers l'Europe depuis les années 1990 (500 000 demandes au début des années 1990 et 1,2 millions en 2005).
 
·         la mise en place de réseaux transnationaux légaux ou illégaux.
 
·         le développement de la migration pendulaire d'allers-retours avec la liberté de circulation (ouvriers polonais ou roumains)
 
·         proximité géographique avec une baisse généralisée du coût des transports.

Le profil des migrants s'est peu à peu diversifié. Ceux qui partent disposent d'un réseau, de famille installée dans le pays d'accueil, d'un pécule quand le franchissement des frontières est impossible par les voies légales. La seule exception est la migration forcée des réfugiés.
 
L'Europe continue à manifester une attitude frileuse face aux migrations alors qu'elle est confrontée au double défi du vieillissement des européens et des pénuries sectorielles de main-d'œuvre. Alors qu'elle avait suspendu l'accès de ses frontières à l'immigration salariée depuis 1974 elle a timidement rouvert ses frontières à l'immigration très qualifiée et plus largement aux étudiants.

Politique migratoire de l'UE
 
Y a-t-il une politique migratoire de l'ue ou y en a-t-il plusieurs, dans ce cas là qui vote, qui décide et qui gère les frontières extérieures de l'UE ?

Il y a 28 pays membres soit 48 000 km de côte, 9 400km de frontières terrestres et environ 460 aéroports soit autant d'entrées possibles dans le territoire européen, mais y a t il un territoire européen ? Il est inclus dans ce que l'on appelle l'espace Schengen. C'est dans cet espace qu'il y a la libre circulation des personnes, des capitaux, des marchandises , cette liberté étant un des principes cardinaux de la construction de l'UE. Cet espace est entré en vigueur en 1995, il intègre aujourd'hui les états membres de l'ue sauf le royaume uni et l'Irlande mais il comprend aussi des états non membres de l'UE  tels que l'Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein. A terme Schengen est appelé à être rejoint par les autres pays de l'UE.
 
Avec ce principe de libre circulation, les frontières des états membres de cet espace ne sont quasiment plus contrôlées  il y a donc logiquement report du contrôle vers la frontière externe de cet espace. la gestion des frontières a donc été mutualisée et selon ce principe, un visa délivré par un état Schengen est donc valable pour l'ensemble du territoire  Schengen.  Cette politique européenne de visa se fonde sur ce que la commission européenne appelle le "risque migratoire".
  
Toutes les routes migratoires qui se dirigent vers l'UE viennent du sud et de l'est comment se fait donc le contrôle des flux entrants?
 
·         Première politique de gestion: la Politique Européenne de Voisinage (PEV). A l'origine elle contrôlait les pays voisins de l'est et elle a été ensuite étendue vers le sud. l'objectif de la PEV est d'établir et de renforcer la coopération   politique, juridique, sécuritaire, économique et culturelle entre l'UE et ses voisins. C'est un outil d'anticipation des flux migratoires.  
 
·         Deuxième outil de gestion pour l'UE , l'agence européenne FRONTEX opérationnelle depuis 2005, elle est basée à Varsovie , elle est chargée du contrôle des frontières externes de l'UE. Elle mobilise des gardes frontières européens et se compose de différents corps de police nationaux. Donc la surveillance et le contrôle des frontières traditionnellement du seul ressort des états souverains sont donc intégrés dans le champ des politiques communautaires.

Comment fonctionne FRONTEX?
 
Il y a des opérations terrestres, principalement à l'est , maritimes  au sud, surtout en Méditerranée et aussi aériennes. A la demande d'un pays membre l'agence peut coordonner des opérations d'interception de migrants.
 
Par exemple   l'opération HERA mise en place à la demande de l'Espagne au large des iles Canaries  où il s'agit de contrôler l'immigration irrégulière venant de la Mauritanie, du Sénégal, du Cap Vert vers les Iles Canaries qui sont espagnoles. les patrouilles maritimes de FRONTEX sont effectives sur la frontière maritime espagnole mais aussi dans les eaux territoriales mauritaniennes sénégalaises et à partir du Cap Vert.
 
Il y a aussi l'opération POSEIDON en mer Egée. On sait que la Méditerranée orientale est une voie de plus en plus empruntée  par les flux de migration illégaux. la frontière maritime qui sépare  la Grèce membre de l'Ue  de la Turquie. Le pays compte 3 200 iles et rochers dont seulement 80 sont habités. C'est donc un endroit idéal pour le débarquement des clandestins. Dès que des migrants arrivent sur une de ces iles, la Grèce doit en principe les accueillir, identifier les demandeurs d'asile et repérer les personnes vulnérables, c'est impossible, voilà pourquoi les autorités grecques ont demandé l'aide de FRONTEX.
 
Les centres de rétention se trouvent sur le sol grec mais aussi sur le sol turc donc hors du sol de l'UE car la Turquie est liée à FRONTEX par un accord parce que l'agence peut signer des accords avec des pays tiers ou des organisations européennes et internationales ce qu'elle a fait avec la Turquie mais aussi avec des pays de l'ex Yougoslavie, avec des pays de l'ancien bloc soviétique , avec les Etats Unis, le Canada, le Cap Vert, le Nigéria, avec l'Office de Nations Unies (UNODC) contre la drogue et le crime, et d'autres accords en cours de négociation. FRONTEX peut donc signer sans en référer aux membres de l'UE des accords de surveillance avec des pays tiers . L'agence a donc une personnalité juridique propre. Elle a aussi une autonomie budgétaire son budget qui était de 19 millions d'E en 2006 est passé à 110 millions d'E en 2011, dont 32 millions pour s'occuper des migrants venant de Tunisie et de Lybie. Elle  peut aussi acheter ses propres bateaux, avions et hélicoptères.

En résumé, avec FRONTEX, avec la PEV et avec l'espace Schengen, on peut mesurer que le contrôle ne se fait plus au niveau de la frontière des états mais de plus en plus en amont de cette frontière. En somme frontières nationales et frontières de contrôle ne coïncident plus, on parle alors d'extra territorialisation ou externalisation du contrôle. Selon FRONTEX, les choses sont claires, l'agence aide à coordonner techniquement mais n'est pas responsable juridiquement des opérations dont elle a la charge. L'état membre qui en a fait la demande en prend la responsabilité juridique et donc politique. Alors, est ce que le parlement européen a un contrôle sur l'agence FRONTEX car celle ci n'a aucun lien de dépendance avec le conseil des ministres de l'UE ni avec la commission. Cette question est d'autant plus utile à clarifier que FRONTEX est appelée à avoir une place centrale au sein d'un nouveau dispositif qui se nomme EUROSUR qui doit assurer la mutualisation des informations détenues par les services nationaux de renseignement et de surveillance. C'est un nouveau champ d'activité qui s'ouvre pour FRONTEX c'est à dire la possibilité de récolter de détenir et de diffuser des informations à caractère personnel. Ainsi, l'agence pourrait être à même d'anticiper des déplacements de migrants et le cas échéant de les empêcher.

On l'aura compris, l'agence FRONTEX est plus qu'un simple opérateur technique à mi chemin entre le renseignement,  les fonctions de police , les fonctions militaires, mais en même temps, elle ne fait que mettre en œuvre les décisions prises par les états membres, ce n'est pas elle qui décide et ce n'est pas la Commission qui décide alors, l'exercice est très délicat, si elle est trop présente sur les frontières extérieures on peut la considérer comme l'agent de la forteresse Europe, et si elle n'est pas assez présente, c'est elle qui est responsable des noyades qui se déroulent sur les côtes sud de l'Europe donc  l'ambivalence pour ne pas dire l'ambigüité est franchement totale entre ce que peut décider la commission et ce que veulent véritablement les états membres dans leur politique migratoire .

Conclusion
 
Depuis la naissance des Etats, la frontière est traditionnellement l'un des attributs de la souveraineté.
 
En 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a reconnu "le droit pour chacun de quitter tout pays, y compris le sien" sans définir le droit d'entrée dans un autre. Depuis, le droit a progressé pour les immigrés régulièrement installés mais les frontières se sont fermées à l'entrée.
 
La frontière est menacée dans sa légitimité par les flux migratoires dont les configurations sont souvent décalées par rapport aux régimes qui tentent de les régir.
 
Ceux qui veulent traverser la frontière posent avec juste raison la question de savoir à quel moment et à partir de quelle raison, il est juste de transgresser la loi:
 
·         sous la torture de régimes autoritaires ou corrompus,
 
·         quand on appartient à une catégorie menacée par l'Etat ou la société civile,
 
·         quand le pays de départ est incapable d'assurer un espoir d'amélioration de l'existence, sans la migration,
 
·         quand une catastrophe environnementale en fait une zone à haut risque,
 
·         quand l'agriculture ou la pêche du pays d'origine ne permettent plus de vivre décemment,
 
·         etc...?
 
Les effets pervers de la fermeture des frontières sont nombreux:
 
·         entrées irrégulières,
 
·         sédentarisation des sans papiers,
 
·         esclavage moderne, détournement de la demande d'asile et du mariage à des fins de travail,
 
·         morts aux frontières,
 
·         trafic du passage.
 
·         coût du contrôle...
 
Les secteurs qui manquent de main d'œuvre font appel à un volant d'immigration clandestine. Les politiques européennes, de même que celles des Etats ont concentré leurs objectifs sur le contrôle des frontières dans une vision sécuritaire mettant en avant le terrorisme, la criminalité organisée et la prévention des défis à l'intégration.

Des destinations nouvelles sont apparues, comme les Pays du Golfe, le continent africain, certains pays asiatiques alors que des pays de départ sont devenus des pays d'accueil et de transit (Europe du sud, Mexique, Turquie et certains pays du Maghreb).  

On voit apparaître de nouveaux profils de migrations transversales intercontinentales:
 
·         chinois en Afrique et Maghreb,
 
·         retraités anglais en France, en Espagne, au Portugal, allemands en Espagne, français au Maroc, en Tunisie et au Sénégal, américains et canadiens aux Caraïbes.
 
·         mineurs non accompagnés et jeunes à la recherche d'emplois, Afghans,
 
·         prostituées d'Europe de l'Est, des Balkans ou d'Afrique.
 
·         européens diplômés quittant l'Europe (espagnols vers l'Amérique du sud ou l'Europe du Nord, Portugais vers le Brésil et l'Angola, Italiens vers l'Europe du Nord ouest...
 
·         Les déplacés environnementaux, les apatrides, les immigrés d'élite.

Bien que les migrations se soient imposées comme une donnée nouvelle dans l'espace international, de nombreux Etats refusent cette réalité. Le migrant est la source de bien des contradictions: il apporte économiquement et constitue parfois une nécessité géographique pour le pays d'accueil, mais il suscite des inquiétudes relatives à son "intégration" et aux mutations culturelles des sociétés d'accueil.

Face à la lente émergence d'un "droit de migrer", on peut imaginer de considérer que la liberté de circulation des personnes est un principe universel, tout en laissant les Etats libres de définir le régime de passage de leurs frontières.

Une autre voie consisterait à se situer davantage sur le terrain des Droits de l'Homme en accompagnant la migration plutôt qu'en l'interdisant.
 
De toute façon le processus va se poursuivre car tous les facteurs de mobilité sont restés intacts: guerres, conflits, chômage des qualifiés et des non qualifiés, regroupement familial, études, vies mobile, information, risques environnementaux. Les migrations vont progresser car elles sont structurellement liées aux situations des pays de départ et d'arrivée.

Le droit à la mobilité s'impose comme un nouveau droit à conquérir puisque la mobilité est valorisée comme attribut de la modernité et comme facteur essentiel du développement humain, alors que les deux tiers de la population de la planète ne peuvent pas circuler librement. Les plus pauvres ne sont pas encore partis par manque de ressources économiques, de liens familiaux ou relationnels, d'une langue parlée à l'étranger, de connaissance des réseaux.
 
Ces mutations sont aussi de nature à modifier les cadres classiques de l'Etat-nation et de la citoyenneté dans un monde global qui appelle une démocratisation du droit à la mobilité comme attribut d'une citoyenneté moderne.
Synthèse réalisée par R De Nascimento et JM Cathala février 2019
Bibliographie:
Catherine WITHOLD de WENDEN, L'immigration, EYROLLES
François GEMENNE, Dina IONESCO, Daria MOKHACHEVA, Atlas des migrations environnementales, Presses de Science Po
Camille SHMOLL, Hélène THIOLLET, Migrations en Méditerranée, CNRS
Catherine WITHOLD de WENDEN, Atlas des migrations, un équilibre mondial à inventer, Autrement

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