mai 2016 - lp15

Aller au contenu
Menu

mai 2016

libres débats > Libres débats archives

Libres Débats de la Libre Pensée

Mercredi 4 mai 2016, à 18h15

Vous avez dit "antisémite" ?


 
 
On entend souvent ce mot qui est, nous allons le voir, apparu assez récemment dans notre vocabulaire, pourtant, la « question juive » est présente depuis deux millénaires. Je n’ai pas la prétention d’épuiser le sujet, simplement j’ai essayé de comprendre tout ce qui tourne autour de la religion juive à partir de laquelle, on a « inventé » comme le dit Shlomo Sand, un peuple. Je pense qu’un peu de vocabulaire s’impose.
 
Un Israélien c'est un citoyen de l'État d'Israël, indépendamment de son origine ethnique ou de son appartenance religieuse.
 
L'État d'Israël compte principalement des Juifs et des Arabes, musulmans et chrétiens, et dans une moindre mesure des Druzes, des Circassiens, qui sont tous des Israéliens.
 
L’hébreu est une langue appartenant à la branche de la famille des langues sémitiques
 
Le mot judaïsme recouvre la religion des Juifs, ainsi que la théologie, la loi et les traditions culturelles du « peuple juif »
 
Le terme « Israélite » est souvent utilisé comme synonyme de « Juif ».
 
Il peut désigner :
 
·         les enfants d'Israël formant les tribus d'Israël, décrits dans la Bible hébraïque ;
 
·         les habitants de l'Israël antique.
 
·         les descendants  de ces juifs antiques.
 
Le sionisme est une idéologie fondée sur un « sentiment national juif », décrite comme nationaliste par les uns et comme émancipatrice par les autres, prônant l'existence d'un centre territorial ou étatique peuplé par les Juifs en Terre d'Israël (Eretz Israël). À la naissance du mouvement, à la fin du xixe siècle, ce territoire correspondait à la Palestine ottomane, puis après la Première Guerre mondiale à la Palestine mandataire. Sur un plan idéologique et institutionnel, le sionisme entend œuvrer à donner ou redonner aux Juifs un statut perdu depuis l'annexion du Royaume d'Israël par l'Empire assyrien en -720, à savoir celui d'un peuple disposant d'un territoire. De nos jours, il comprend le post-sionisme, qui veut donner une orientation laïque à l'État d'Israël, normaliser les relations avec les Palestiniens, et le néo-sionisme, qui milite pour la migration des Palestiniens et des Arabes israéliens vers les autres pays arabes.
 
Le mouvement sioniste est né parmi les communautés ashkénazes d'Europe centrale et  orientale sous la pression des pogroms, mais aussi en Europe occidentale, à la suite du choc causé par l'affaire Dreyfus – qui compte parmi les motifs du lancement du Congrès sioniste par Theodor Herzl1. Bien qu'ayant des caractères spécifiques du fait de la dispersion des Juifs, cette idéologie est contemporaine de l'affirmation d'autres nationalismes en Europe.
 
La judéité, est définie comme « l'ensemble des critères qui constituent l'identité juive1 »,
 
Judaïté: L'observance quotidienne des lois, coutumes et croyances du peuple juif, ou l'adhésion à ce peuple et à sa judaïcité par le biais d'une conversion religieuse furent longtemps les critères quasi-exclusifs employés par les juifs pratiquants pour caractériser leur judaïté.
 
 
 
 
antijudaisme
 
 
Comme le souligne fort bien Hannah Arendt, il faut se garder de confondre l’antisémitisme, qui est une idéologie raciste qui se déploie à partir de la fin du XIXème siècle, et l’antijudaïsme, qui s’est développé dans l’Occident chrétien après que le christianisme soit devenu religion d’Etat sous le règne de l’empereur Théodose, à la fin du IVème siècle.
 
C’est à cette époque, soit plus de quarante ans après le concile de Nicée, réuni en 325 par l’empereur Constantin, que le christianisme achève de se transformer en une religion officielle imposée par le pouvoir séculier : Jésus avait annoncé le royaume de Dieu et c’est l’Eglise qui est arrivée.
 
Les païens, autrefois persécuteurs des premiers chrétiens, sont à leur tour persécutés, de même que sont éradiquées les survivances de la culture gréco-latine : interdiction des jeux Olympiques, mise à mort des homosexuels - dénommés à l’époque sodomites et déjà regardés comme des pervers puisqu’ils portent atteinte aux lois de la procréation.
 
L’antijudaïsme chrétien qui se déploie alors dans toute l’Europe - jusqu’au siècle des Lumières - repose sur les mêmes principes (persécution et éradication de la culture religieuse), à ceci près que pour les monarques chrétiens, le judaïsme n’est en aucun cas du paganisme  (Paganisme est un terme générique employé depuis le vie siècle par des chrétiens pour désigner la religion de ceux qui ne sont ni chrétiens, ni juifs, ni musulmans) . Le juif n’est donc:
 
·         ni l’ennemi de l’extérieur,
 
·         ni le barbare hors des frontières,
 
·         ni l’infidèle (musulman),
 
·         ni l’hérétique (cathare),
 
·         ni l’autre, étranger à soi-même.
 
Il est l’ennemi de l’intérieur, inscrit au cœur d’une généalogie – le judaïsme est le premier parent, selon la tradition chrétienne –  puisqu’il a engendré le christianisme et que le fondateur de la nouvelle religion était juif.
 
Le juif porteur du judaïsme est donc d’autant plus détestable qu’il est à la fois dedans et dehors. Dedans parce qu’il subsiste au sein du monde chrétien, dehors parce qu’il ne reconnaît pas la vraie foi et vit dans une communauté qui n’est pas celle des chrétiens. Pour que le christianisme devienne la seule religion monothéiste universelle  –et que le Christ  cesse d’être porteur du nom juif –  encore faut-il le débarrasser de son origine juive jugée perfide. Le thème sexuel du juif perfide, pervers, aux mœurs dénaturées  –puisque, dit-on, les femmes juives couchent avec les boucs –  est partout présent dans les persécutions anti juives de l’époque médiévale, et c’est la raison pour laquelle, la figure du juif est souvent associée à celle du sodomite et de l’incestueux.
 
Dénoncés comme déicides jusqu’au concile de Trente (Italie) (1542), les Juifs ont formé en Europe, une communauté qui n’était assignée à aucun territoire. Ne pouvant exercer que des métiers interdits aux chrétiens, les juifs furent accusés de toutes sortes de pratiques répugnantes, liées à leur statut d’abolisseurs de la différence sexuelle et de la séparation des espèces : bestialité, meurtres rituels, incestes, vols d’enfants, profanation d’hosties, ingestion de sang humain, pollution des eaux, instrumentalisation des lépreux, propagation de la peste, complots divers. Mais surtout, et pour la même raison, ils sont regardés comme les détenteurs des trois grands pouvoirs propres à l’humanité :
 
·         pouvoir de la finance,
 
·         pouvoir de l’intellect,
 
·         pouvoir pervers sur la sexualité.
 
Aussi, pour réduire la puissance qui leur était attribuée, il a fallu les contraindre soit à se convertir, soit à  accepter une humiliation incessante
 
 
(port de la rouelle La rouelle est une étoffe de couleur jaune ou rouge, imposée aux Juifs comme signe distinctif par les autorités civiles à la suite du concile de Latran en 1215, découpée en disque, symbolisant les 30 deniers de Judas selon l'interprétation traditionnelle. Les hommes la portent sur le côté gauche de leur vêtement tandis que les femmes mariées se doivent de porter un voile nommé oralia . L'étoile jaune instaurée par le nazisme peut en être considérée comme une résurgence au xxe siècle., du chapeau jaune Le chapeau juif, connu aussi sous les noms de coiffe juive, Judenhut en allemand et de pileus cornutus (calotte à cornes) en latin, était un chapeau pointu en forme de cône, blanc ou jaune, porté par les Juifs dans l'Europe médiévale et parfois dans le monde islamique., et ou subir l’enfermement dans des ghettos strictement surveillés.
 
Cet antijudaïsme – qui ne visait pas à exterminer les juifs mais à les convertir, à les persécuter ou à les expulser – n’était pas un antisémitisme au sens moderne, puisqu’il se déployait en un moment de l’histoire humaine durant lequel Dieu  – et non pas les hommes –  gouvernait le monde.
 
L’antijudaïsme chrétien de l’époque médiévale suppose en effet le principe d’une souveraineté divine  –d’un Dieu unique (monothéisme)-   alors que l’antisémitisme, qui fera du juif le spécimen d’une « race » et non plus l’adepte d’une alliance divine, repose sur la transformation du juif religieux en un juif identitaire, porteur d’un stigmate, c’est-à-dire d’un reste : la judéité.
 
Incarné jusqu’au XVIIIe siècle par la monarchie de droit divin, et véhiculé par l’Eglise catholique romaine, le Dieu des chrétiens décidait de l’avenir du monde tandis que le Dieu des juifs, invisible et non représentable, continuait de promettre à son peuple la venue d’un messie et le retour en terre promise. Tant que l’occident demeura chrétien, juifs et chrétiens ont eu un même Dieu, bien que la relation des uns et des autres à ce même Dieu ne soit pas de nature identique.
 
Si le christianisme est une religion de la foi individuelle et collective, représentée par une église  – et plus encore par l’Eglise catholique romaine -, le judaïsme est une religion de l’appartenance qui s’accompagne d’un culte de la mémoire, d’une pensée faite de gloses et de commentaires et d’une obéissance à des rites ancestraux : vestimentaires, corporels (circoncision), alimentaires (cacher), comportementaux (sabbat). Cette religion  se fonde sur le primat d’une alliance originelle et sans cesse renouvelée d’un Dieu avec son peuple d’élection.
 
Autrement dit, la religion juive est différente des deux monothéismes auxquels elle a donné naissance. Depuis qu’ils existent, les Juifs (avec une majuscule) ne sont pas seulement désignés comme juifs (avec une minuscule), c’est-à-dire comme observants d’une religion nommée judaïsme, mais comme un peuple mythique et comme une nation, issus du royaume d’Israël, puis de Judée (Sion), avec Jérusalem pour ville sainte. En conséquence, selon la loi juive (Halakha), tout juif reste intégré à son peuple même quand il a cessé d’être un pratiquant du judaïsme et même quand il rejette sa judéité en se convertissant.
 
Jacques  Le Goff raconte comment Louis IX (St Louis) se comportait au milieu du XIIIe siècle, envers les ennemis de la foi qu’étaient les hérétiques, les infidèles et les juifs. Il regardait les hérétiques comme les pires puisqu’ils avaient pratiqué la foi et l’avaient reniée, devenant ainsi des traîtres et des apostats « infectés par la macule de la perversion ». Il conseillait de les brûler ou de les expulser hors du royaume. Il considérait les infidèles comme des ennemis « pleins d’ordure », mais détenteurs d’une âme, puisqu’ils adhéraient à une religion. Quand aux juifs « abominables et remplis de venin », il proposait de les asservir à perpétuité, d’en faire des parias et des « exclus soumis par le joug de la servitude».
 
Cependant dans cette optique, la religion juive n’était regardée ni comme une hérésie (cathare), ni comme la religion de l’ennemi extérieur (sarrasins). Elle était reconnue et familière puisqu’elle avait engendré la religion chrétienne.
 
 
Comment caractériser l’attitude de St Louis : on dispose aujourd’hui de deux termes antijudaïsme et antisémitisme. Le premier concerne exclusivement la religion. Pourtant la conduite du roi dépasse le cadre strictement religieux et met en jeu des sentiments de détestation et une volonté d’exclusion qui vont au-delà de l’hostilité à la religion juive. Mais le terme antisémitisme est inadéquat et anachronique. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que les théories raciales pseudo-scientifiques fassent s’épanouir des mentalités et des sensibilités racistes, antisémites.
 
 
antisemitisme
 
 
On pourrait appeler « histoire de l’antisémitisme », l’histoire de la persécution des Juifs, à condition de préciser que le mot antisémitisme, tel qu’il sera défini au moment de son invention en 1879, puis de sa diffusion massive comme idéologie raciale et comme mouvement politique, ne saurait être appliqué rétrospectivement à l’antijudaïsme chrétien, et encore moins à l’antijudaïsme des lumières.
 
L’esprit des lumières émerge avec la Renaissance lorsque s’effondre l’ancienne représentation d’un cosmos dominé par la puissance divine. Dès lors qu’après Galilée, l’Héliocentrisme succède au géocentrisme, Dieu ne peut plus exercer sur les hommes le même pouvoir. L’Homme est alors condamné à se penser lui-même comme le responsable de son destin et du gouvernement de ses semblables. C’est ainsi que s’amorce en Europe la critique de l’obscurantisme religieux, de Spinoza à Voltaire en passant par Kant, Montesquieu, Diderot et d’Holbach.
 
En novembre 1791, au terme de débats mémorables conduits à l’Assemblée Constituante, les juifs français de toutes obédiences deviennent des citoyens libres de pratiquer leur culte et de jouir de toutes les autres libertés.
 
Les représentants des Lumières françaises insistaient sur la nécessité de lier le particulier à l’universel et de libérer l’individu de toute forme de souveraineté  – fût-elle religieuse, monarchique, territoriale, etc…- pour faire de lui un sujet libre, capable de penser par lui-même et d’accéder ainsi à la dignité suprême. (On voit poindre la notion de liberté de conscience).
 
Ce credo fut repris tout au long de l’épopée révolutionnaire : unir le peuple (la nation) à l’élite afin de servir la patrie.
 
En vertu de ce principe, la France révolutionnaire a été le premier pays d’Europe à émanciper les Juifs, ce qui supposait que la religion juive soit logée à la même enseigne que les autres religions. Malheureusement, quelle que soit leur nationalité, les Juifs du XIXe siècle vont se trouver confrontés à un dilemme : celui d’avoir à choisir entre l’universalité humaine et la particularité juive.
 
De fait, en Allemagne comme en France, les Juifs adeptes de l’humanisme des Lumières optèrent le plus souvent pour la conversion. Les conversions et les changements de nom donnèrent lieu à une véritable assimilation, mais du coup, à mesure qu’ils devenaient moins visibles, comme il est toujours plus facile de trouver des boucs émissaires que de chercher les vraies causes des difficultés, ils ne cessaient d’être accusés :
 
·         aussitôt qu’une crise sociale ou économique survenait,
 
·         de se dissimuler ou de fomenter des complots contre la nation qui les avait émancipés ou tolérés.
 
Comment distinguer un Juif d’un non-Juif, dès lors que plus aucun signe d’appartenance religieuse ou vestimentaire ne permettait plus de l’identifier ? Telle sera la grande question qui mobilisera les antisémites.
 
C’est en France, la patrie des Droits de l’homme et de l’émancipation des Juifs, que va naître l’idée antisémite, au milieu du XIXe siècle, avant que le terme ne soit inventé, vingt ans plus tard dans le monde germanique.
 
 
Après avoir été porteur de toutes les aspirations des peuples européens à disposer d’eux-mêmes, le mot nation devient synonyme de « nationalisme » à mesure que l’idéal patriotique insufflé par l’esprit des Lumières allait se transformer en un projet communautaire centré sur l’attachement au sol. Le mot de « nationalisme », dérivé de nation est inventé en 1797 par l’abbé Augustin Barruel , ennemi des Jacobins, ce mot désigne alors une doctrine fondée sur le chauvinisme, l’exclusion et le primat du collectif sur l’individualité.
 
Les révolutions dans toute l’Europe jusqu’en 1850 portaient l’aspiration à un idéal de progrès et de liberté. Elles furent sévèrement réprimées et l’aspiration des peuples à disposer d’eux-mêmes s’est mué en une volonté d’unifier, non pas des hommes entre eux, mais des nations opposées les unes aux autres.
 
Dans la France bourgeoise de la deuxième moitié du XIXe siècle le « nationalisme » a été utilisé pour désigner une communauté soudée par une âme collective, par une ressemblance et par une entité généalogique. On désigna du nom de « race » cette entité caractérisée par une donnée historique. Plus tard, avec le développement du darwinisme, on insufflera une dimension biologique à cette notion nouvelle (couleur de la peau, forme du crâne, des oreilles, du nez, des pieds).
 
Délaissant Dieu, la foi et les mythes, les savants allemands et français inventèrent le couple infernal des Aryens et des Sémites, convaincus que ces deux peuples imaginaires auraient été porteurs d’une identité secrète dont les valeurs se seraient transmises depuis la nuit des temps, au point que chaque nation européenne pourrait y retrouver ses origines. De cette manière, ils réinventèrent le mythe ancestral de la guerre des « races » -et donc de la dialectique de la conquête et de l’asservissement d’une « race » par une autre, en particulier le « colonialisme ».
 
Dans cette perspective, les Sémites, c’est-à-dire les Hébreux et donc les juifs, auraient eu le privilège d’inventer le monothéisme, mais comme ils étaient restés nomades, ils se seraient révélés inaptes à la création, au savoir, au progrès et à la culture. Au contraire, les Aryens polythéistes –confondus allègrement avec les Indos-européens- sont parés de toutes les vertus du dynamisme, de la raison, de la science et de la politique, surtout à partir du moment où ils se sont convertis au christianisme.
 
On peut constater que le passage de l’antijudaïsme à l’antisémitisme a pour corollaire historique l’invention du « racisme » (1894), lui-même popularisé par le colonialisme.
 
Vers 1848, fasciné par le couple infernal de l’Aryen et du Sémite, Ernest Renan s’attelle à une grande démonstration qui fera de lui (certainement sans qu’il l’ai voulu), un des pères de l’antisémitisme. Il affirme alors que l’humanité serait composée, depuis ses origines de trois types de races (au sens historique et non biologique) :
 
·         Les races inférieures, celles de l’époque archaïque, aujourd’hui disparues,
 
·         Les civilisations chinoise et asiatique, matérialistes, consacrées au négoce, incapables de tout sentiment artistique et possédant un instinct religieux peu développé,
 
·         Les races nobles, enfin, composées de deux branches, les Sémites et les Aryens ; Les premiers, inventeurs du monothéisme, auraient connu ensuite la plus grande déchéance, donnant naissance à l’islam, qui « simplifie l’esprit humain », tandis que les seconds, supérieurs en tout seraient devenus, après avoir intégré le monothéisme, les seigneurs du genre humain, seuls capables d’assurer la marche du monde (Histoire générale et système comparé des langues sémitiques)
 
 
Si c’est en France que fut inventé l’antisémitisme politique, qui culmina avec l’aventure populiste du général Boulanger dans les années 1880, (Le boulangisme, ou boulange, est un mouvement politique français de la fin du XIXe siècle (1889-1891) qui constitua une menace pour la Troisième République. Son nom est dérivé de celui du général Georges Boulanger, qui devint ministre de la Guerre, se rendit populaire par ses réformes mais inquiéta le gouvernement par son discours belliqueux), puis pendant toute la durée de l’affaire Dreyfus avant de rebondir à partir de 1930, c’est en Allemagne que fut investi l’antisémitisme biologique qui nourrira le nazisme.
 
C’est à Edouard Drumont, journaliste catholique et monarchiste que l’on doit la rédaction de La France juive publié en 1886. Il y retrace l’histoire de la destruction par les Juifs des peuples civilisés d’Europe.
 
Le rêve de la reconquête de Sion (le mont Sion est la colline sur laquelle est bâtie Jérusalem) est aussi ancien que l’histoire de la dispersion des Juifs. Pourtant, le sionisme, en tant que mouvement laïque d’émancipation des Juifs de la diaspora, n’est pas né du judaïsme mais plutôt d’une « déjudaïsation » progressive des Juifs européens.
 
Portés par les Lumières et par un idéal d’arrachement à la religion, les Juifs émancipés du XIX e siècle pensaient pouvoir s’intégrer à la société bourgeoise de plusieurs manières :
 
·         comme des citoyens à part entière en France,
 
·         comme des individus appartenant à une communauté en Angleterre, puis aux Etats Unis,
 
·         comme des sujets judéo-allemands dans le monde germanique,
 
·         comme des minorités dans les Empires centraux ou dans le monde méditerranéen et arabo-islamique.
 
A mesure que le nationalisme se substituait aux anciens idéaux du « printemps des peuples », les juifs furent rejetés non plus pour leur religion, mais pour leur « race » et donc pour cette appartenance identitaire invisible qui résistait aux conversions diverses et qui du même coup, les contraignait à se définir, eux aussi, comme issus d’une nation.
 
Après avoir été le plus grand vecteur d’une entreprise d’extermination de l’homme par l’homme, l’antisémitisme a perduré après 1945 sous des formes nouvelles, tandis que le sionisme donnait naissance en Palestine à un Etat en proie à une guerre perpétuelle et il est regardé par le monde arabe comme d’essence coloniale et par les Juifs sionistes comme l’accomplissement d’un processus de légitimation inconditionnelle. Quant à l’antisionisme  – en tant que mouvement d’opposition politique et idéologique au sionisme, - il fut à l’origine l’œuvre de nombreux Juifs européens opposés à la conquête d’une nouvelle terre.
 
 
De même que l’antisémitisme a été à l’origine d’une révolution identitaire de la conscience juive et d’un désengagement de l’idéal des lumières européennes, de même, le sionisme eut pour conséquence un éveil du nationalisme arabe, porté d’abord par les chrétiens d’Orient, puis dans l’entre-deux guerres par les musulmans, et enfin des décennies plus tard par les islamistes.

 
En guise de conclusion provisoire, je dirais que les israéliens sont désormais confrontés à un choix véritable:
 
·         faire de leur Etat une démocratie plus laïque et plus égalitaire, en continuant de le nommer Israël, mais en admettant qu'un Etat de droit ne peut être que non juif pour être vraiment démocratique,
 
·         soit affirmer le caractère juif de leur Etat, en acceptant du même coup qu'il cesse d'être "israélien" pour devenir religieux et "racialiste" (le racialisme est un courant de pensée distinct du racisme, apparu en Europe au milieu du xixe siècle, qui prétend expliquer les phénomènes sociaux par des facteurs héréditaires et raciaux).
 
Dans le premier cas, (promulgation d’un Etat laïque et égalitaire) ils resteraient juifs au sens du judaïsme ou de la judéité, tout en étant citoyens israéliens, au même titre que les non-juifs: des hommes parmi d'autres hommes, capables d'accorder un territoire à un peuple qui en a été dépossédé.
 
Dans le deuxième cas, (promulgation d’un Etat basé sur la religion juive) ils cesseraient d'être des citoyens israéliens en assumant le fait d'être des Juifs au sens de la nation, de l'ethnie et d'un Dieu vengeur et meurtrier. Ils seraient alors assurés de perdre l'essentiel de ce qui fait l'universalité du peuple juif et sa capacité de résistance à toutes les catastrophes c'est-à-dire qu’ils perdraient la possibilité unique de pouvoir transmettre à l'humanité l'idée qu'aucun homme ne saurait être réduit à sa communauté, à ses racines et à son histoire.
R De Nascimento
Retourner au contenu