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La vie, la mort, la liberté

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La vie, la mort… la Liberté
Pour les libres penseurs, partisans de la liberté absolue de conscience, de la liberté de disposer de sa vie et de son corps, la réponse a toujours été « la liberté ».
La hiérarchie catholique, encore une fois, monte à l’assaut, largement relayée par les médias, pour imposer son point de vue sur ce que doit être une famille, après avoir tenté la même chose à propos de la recherche sur l’embryon, l’avortement, la morale, l’art, les obsèques,  etc… etc…
Quelle bouffée d’air pur que la réaction de Jacques TARDI lorsqu’il a appris qu’on lui avait attribué la légion d’honneur :
"J’ai appris avec stupéfaction par les médias, au soir du 1er janvier 2013, que l’on venait de m’attribuer d’autorité et sans m’en avoir informé au préalable, la Légion d’Honneur!"
"Etant farouchement attaché à ma liberté de pensée et de création, je ne veux rien recevoir, ni du pouvoir actuel, ni d’aucun autre pouvoir politique quel qu’il soit. C’est donc avec la plus grande fermeté que je refuse cette médaille."
Je n’ai cessé de brocarder les institutions. Le jour où l’on reconnaîtra les prisonniers de guerre, les fusillés pour l’exemple, ce sera peut-être autre chose."
"Etant farouchement attaché à ma liberté de pensée et de création, je ne veux rien recevoir, ni du pouvoir actuel, ni d’aucun autre pouvoir politique quel qu’il soit. C’est donc avec la plus grande fermeté que je refuse cette médaille."
Je n’ai cessé de brocarder les institutions. Le jour où l’on reconnaîtra les prisonniers de guerre, les fusillés pour l’exemple, ce sera peut-être autre chose."
"Je ne suis pas intéressé, je ne demande rien et je n’ai jamais rien demandé. On n’est pas forcément content d’être reconnu par des gens qu’on n’estime pas.
"
Avec la parution d
u n°299 de l’Idée libre dont il sera fait largement référence, nous abordons nos positions face :
Avec la parution du n°299 de l’Idée libre dont il sera fait largement référence, nous abordons nos positions face :
A la recherche sur l’embryon humain,
A la conception de la vie et de la mort,
Au  contrôle des corps et des consciences
Aux obsèques civiles,
A La dignité : une notion problématique,
A l’euthanasie avec l’exemple de la Belgique,
A la place des femmes, de la maison au monde extérieur,
A la crémation.

La vie, la mort
Contre Epicure, le matérialiste, pour qui la mort faisait partie de la vie, l’Eglise a fait de la mort une menace. Contre l’Eglise, la science moderne a donné raison à Epicure.
Si le libre penseur a la science pour alliée, il a trouvé et il trouvera toujours face à lui, les superstitions, les croyances, les dogmes, l’obscurantisme en particulier dans un domaine où les Eglises ne renonceront jamais : tout ce qui touche aux origines de l’univers, de l’humanité et encore plus ce qui touche au début et à la fin de la vie.
Il fut un temps où on apprivoisait et on exorcisait la mort en ne la séparant pas de la vie. Au temps des romains, qui ignorait les cimetières, en  marchant, le promeneur rencontrait des tombes sur lesquelles il pouvait lire par exemple : «Voyageur, voyageur ! Ce que tu es, moi je le fus ; ce que je suis, tu le seras … »
En fuyant la science d’Epicure : sans dieu, sans maître et sans peur de la mort, le christianisme a menacé toute l’humanité du trépas (du verbe trépasser, passer au-delà). « La vie ici-bas n’est qu’un passage, l’éternité t’attend. Et quand passe-t-on de vie à trépas ? Quand Dieu en décide, et comment le sait-on ? Quand le cœur s’arrête de battre ».
Ce dogme, qui a régenté la société pendant des siècles, est tombé grâce à la témérité, à l’ingéniosité, à l’imagination de médecins et de scientifiques qui ont suivi leur raison. En 1959, le professeur Maurice GOULON décrit un état très particulier dont la portée va se révéler cruciale : le coma dépassé, c’est-à-dire la mort cérébrale. Un mort qui respire, dont le cœur bat ce qui va permettre le prélèvement d’organes et conduire à l’ouverture des unités de réanimation dans les hôpitaux.
Cette découverte a déclenché une opposition y compris dans le monde scientifique. En 1967, l e professeur BARNARD a dû s’expatrier en Afrique du Sud, car en Angleterre ses travaux de recherche aboutissant à la greffe du cœur  n’étaient pas autorisés.
En révisant les lois bioéthiques, notre société veut faire croire que donner de la valeur aux dépouilles témoigne de l’intérêt pour les vivants. (Le cadavre est ce qui reste du corps d'un organisme vivant humain ou animal dans la période qui suit la mort. On parle aussi de dépouille mortelle pour le corps humain)
« Avant la loi sur la bioéthique de 1994, les médecins pouvaient faire des prélèvements sur le cadavre pour préciser les causes de la mort ou dans un autre but scientifique, en l’absence d’opposition exprimée. Ils n’étaient pas obligés d’aller rechercher la volonté du défunt auprès de la famille ». A la suite de l’amendement MATEI, les médecins ont renoncé à faire cette démarche dans les pires moments pour les familles. Conséquence : en 1996, les autopsies médicoscientifiques ont quasiment disparu assure le professeur Claude GOT dans son rapport sur la Pratique des autopsies après la première loi bioéthique. L’interdiction de la recherche sur l’embryon humain, confirmée en 2011 relève du même obscurantisme.
Pourtant, les greffes d’organes font aujourd’hui partie des soins. L’organe sain, vivant, prélevé sur un mort qui respire encore peut sauver la vie d’un patient qui va mourir.
Plus récemment, en 2012, le professeur Fabien CHRETIEN et son équipe ont mis en évidence que les cellules souches des muscles survivent dix-sept jours après la mort chez l’homme. Une fois remises en culture, elles conservent leur capacité à se différencier en cellules musculaires. (
« Avant la loi sur la bioéthique de 1994, les médecins pouvaient faire des prélèvements sur le cadavre pour préciser les causes de la mort ou dans un autre but scientifique, en l’absence d’opposition exprimée. Ils n’étaient pas obligés d’aller rechercher la volonté du défunt auprès de la famille ». A la suite de l’amendement MATEI, les médecins ont renoncé à faire cette démarche dans les pires moments pour les familles. Conséquence : en 1996, les autopsies médicoscientifiques ont quasiment disparu assure le professeur Claude GOT dans son rapport sur la Pratique des autopsies après la première loi bioéthique. L’interdiction de la recherche sur l’embryon humain, confirmée en 2011 relève du même obscurantisme.
Pourtant, les greffes d’organes font aujourd’hui partie des soins. L’organe sain, vivant, prélevé sur un mort qui respire encore peut sauver la vie d’un patient qui va mourir.
Plus récemment, en 2012, le professeur Fabien CHRETIEN et son équipe ont mis en évidence que les cellules souches des muscles survivent dix-sept jours après la mort chez l’homme. Une fois remises en culture, elles conservent leur capacité à se différencier en cellules musculaires. (En biologie, une cellule souche est une cellule indifférenciée se caractérisant par une capacité à engendrer des cellules spécialisées par différenciation cellulaire et une capacité à se maintenir par prolifération dans l'organisme (auto-renouvellement) ou, plus indéfiniment, en culture.) La mort cellulaire n’est pas contemporaine de la mort cérébrale.
Le libre cours à la raison, la démarche scientifique, ne sont possibles que parce qu’elles se sont libérées de la métaphysique (Par métaphysique on entend l'étude des questions fondamentales telle la question concernant l'immortalité de l'âme, l'existence de Dieu, les raisons de l'existence du Mal ou le sens de la vie. Mais plus spécifiquement par métaphysique on entend aussi l'étude de l'« être en tant qu'être » )
Une pensée libre dans un corps libre
Le contrôle des corps et des tenues vestimentaires permet la maîtrise des esprits, c’est du moins ce que veulent croire et faire croire les représentants des idéologies réactionnaires, religieuses et/ou politiques.
Pendant l’Antiquité grecque ou romaine, le nu est tout à fait légal. Avec l’arrivée du christianisme, le nu est chassé. Quand on utilise la nudité des hommes ou des femmes, c’est souvent pour symboliser le mal, l’enfer et la damnation. Il faut attendre le 15 ème siècle et la Renaissance pour voir le retour d’un  nu non culpabilisé.
Forces réactionnaires et partisanes du contrôle des corps et des consciences, les religions sont aux avant-postes sur la question du corps et de la nudité. Qu’il s’agisse du judaïsme, du christianisme ou de l’islam, les conceptions sont assez proches.
Dans un monde religieux  où le corps et ses besoins sont niés, la peur de ne pas pouvoir contenir ses pulsions devient une obsession. Les religions dites « du livre » étant de type patriarcales, les femmes sont les premières victimes de ce système. Tout ce qui peut, chez la femme, susciter le désir de l’homme doit être caché. Voiles chrétiens, juifs ou musulmans, c’est la même logique qui prime.
Lévitique : « Tout homme qui aura un défaut corporel, ne s’approchera point pour offrir l’aliment de son Dieu. Tout homme qui aura un défaut corporel ne pourra s’approcher : un homme aveugle, boiteux, ayant le nez camus ou un membre allongé ; un homme ayant une fracture au pied ou à la main ; un homme bossu ou grêle ayant une tache à l’œil, la gale ou les testicules écrasés (…) Il a un défaut corporel, il ne s’approchera point pour offrir l’aliment de son Dieu… »
Trop gros, trop petit, trop vieux… D’autres formes d’injonctions sur le corps pèsent sur notre liberté à en disposer librement. Ces injonctions sont énoncées par la publicité, la mode, le commerce.

Obsèques civiles, le sens d’une campagne
Si elle honore ses morts, la cité antique ne les tolère pas dans ses murs. Le cadavre est impur et ne doit pas être inhumé près des lieux sacrés, il doit quitter la cité.
L’Église romaine, en voulant contrôler tous les actes de la vie va s’emparer de la mort.
Pour gagner le paradis, il faudra être enterré autour des églises, voire même au cœur des sanctuaires pour les plus riches. Dans l’occident chrétien, entre le XI et le XIIème siècle, l’Eglise de Rome entreprend de sacraliser une portion de terre, baptisée cimetière, autour de ses lieux de cultes déjà consacrés par un autel. Dans un mouvement de conquête, elle impose le caractère religieux de l’espace funéraire collectif… les corps des juifs, des infidèles et des mauvais chrétiens ne doivent pas souiller cette terre consacrée.
Héritiers des révolutionnaires, les libres penseurs ont fait du combat pour les obsèques civiles, une question essentielle qui touche à l’identité profonde de notre organisation et à son développement.
Pour les premières sociétés de libre pensée, la grande question est celle des enterrements civils dès 1864.
L’action pour l’obtention d’une salle municipale gratuite lors d’obsèques civiles a été initiée au congrès de LAMOURA en 2006, puis formalisée par une motion spécifique au congrès de CLERMONT FERRAND en 2007, dans laquelle il était exigé l’adjonction d’un alinéa 9, à l’article L.2233-19 du Code général des collectivités territoriales.
Nous revendiquons, pour les obsèques, comme pour l’Etat civil, qui enregistre les naissances, mariages, adoptions et décès, le principe républicain d’égalité et nous exigeons que la première des libertés, la liberté de conscience, soit absolue, y compris après le décès.

La dignité : une notion ambigüe et problématique
La notion de « dignité » est implicitement supposée pour rendre compte de la condition humaine. Elle est à la base des droits essentiels de l’homme, et c’est à ce titre qu’elle est présente dans le préambule de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mais c’est une notion ambigüe d’origine chrétienne qui peut s’avérer un danger pour les libertés.
« Considérant  que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde… » . L’usage de la notion de dignité est parfois contradictoire, elle est évoquée aussi bien par les partisans des limites à la liberté de chacun de disposer de sa vie et de son corps que de ceux qui ont une position diamétralement opposée.
La notion de dignité est indissociable de celle de « personne ». On parlera de la dignité de la personne humaine pour signifier sa valeur absolue et insister sur sa spécificité par opposition aux choses et aux animaux qui ont un prix.
Dans le monde antique, l’homme reste assujetti à l’ordre supérieur de la Nature ou du Tout. Le bonheur du sage résidera, par exemple, dans sa capacité à vivre en accord avec la nature : « Ne demande pas que ce qui arrive, arrive comme tu veux. Mais veuille que les choses arrivent, comme elles arrivent, et tu seras heureux » disait Epictète. Tout le discours moral relève d’une conception où l’homme vit dans l’hétéronomie (L'hétéronomie est la capacité d'un être vivant à subir la règle du milieu environnant. Chez l'homme, l'hétéronomie représente l'incapacité à se donner ses propres lois et à se régir d'après elles. L'hétéronomie est l'inverse de l'autonomie.) Parce qu’il n’a pas encore la libre disposition de lui-même.
La pensée chrétienne va substituer la référence à Dieu à celle du cosmos des anciens pour élaborer le nouveau concept de personne auquel sera associé celui de dignité. Le caractère unique et irremplaçable de la personne humaine découle du fait que l’homme est une créature de Dieu et aimée de Dieu.
En introduisant la notion de personne dans le monde occidental, la théologie chrétienne ne rompt pas pour autant avec l’hétéronomie de l’homme. Certes ce n’est plus la Nature ou le cosmos qui constituent la norme, mais toute la vie de l’homme en tant que créature, et toutes ses valeurs dépendent maintenant d’un être transcendant.
C’est dans le cadre de la philosophie des Lumières avec ROUSSEAU et surtout KANT que la dignité de la personne sera fondée sur l’autonomie. L’homme ne dépend plus d’une transcendance, mais, doué de raison, il est à la fois sujet de la connaissance et sujet de l’action.

Pour agir moralement, le sujet doit subordonner sa volonté à la loi universelle de la raison, à l’impératif moral catégorique formulé de la façon suivante : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle ». Liberté et obéissance à la loi morale sont une même chose et confèrent à l’homme toute sa dignité, dignité qui se fonde désormais sur l’autonomie, c’est-à-dire la capacité de tout homme de déterminer ses jugements et ses actions selon des fins morales.
Selon ce concept, chacun doit reconnaître la dignité des autres et sa propre dignité, donc chacun doit s’obliger à respecter des devoirs envers les autres et des devoirs envers soi-même. Les devoirs envers soi-même peuvent imposer des limites à la liberté et à la libre disposition de soi-même. KANT, par exemple, au nom de la dignité et du devoir de respecter l’humanité, s’oppose au suicide, à la paresse, etc….
On peut remarquer que les principes kantiens sont omniprésents en bioéthique et dans la législation française.
La notion de personne va imposer des restrictions à la liberté de recherche, en particulier sur l’embryon. Si l’embryon est considéré comme une personne potentielle, il doit être considéré comme une fin et non comme un moyen.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si un Etat qui se réclame de la laïcité peut faire une référence explicite à une philosophie en particulier celle de KANT. Ne serait-il pas préférable qu’il se maintienne dans une neutralité éthique en se limitant à des lois qui imposent comme seule limite à la liberté de chacun les nuisances que l’on peut faire subir à autrui ?
La pensée chrétienne va substituer la référence à Dieu à celle du cosmos des anciens pour élaborer le nouveau concept de personne auquel sera associé celui de dignité. Le caractère unique et irremplaçable de la personne humaine découle du fait que l’homme est une créature de Dieu et aimée de Dieu.
En introduisant la notion de personne dans le monde occidental, la théologie chrétienne ne rompt pas pour autant avec l’hétéronomie de l’homme. Certes ce n’est plus la Nature ou le cosmos qui constituent la norme, mais toute la vie de l’homme en tant que créature, et toutes ses valeurs dépendent maintenant d’un être transcendant.
C’est dans le cadre de la philosophie des Lumières avec ROUSSEAU et surtout KANT que la dignité de la personne sera fondée sur l’autonomie. L’homme ne dépend plus d’une transcendance, mais, doué de raison, il est à la fois sujet de la connaissance et sujet de l’action.
Pour agir moralement, le sujet doit subordonner sa volonté à la loi universelle de la raison, à l’impératif moral catégorique formulé de la façon suivante : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle ». Liberté et obéissance à la loi morale sont une même chose et confèrent à l’homme toute sa dignité, dignité qui se fonde désormais sur l’autonomie, c’est-à-dire la capacité de tout homme de déterminer ses jugements et ses actions selon des fins morales.
Selon ce concept, chacun doit reconnaître la dignité des autres et sa propre dignité, donc chacun doit s’obliger à respecter des devoirs envers les autres et des devoirs envers soi-même. Les devoirs envers soi-même peuvent imposer des limites à la liberté et à la libre disposition de soi-même. KANT, par exemple, au nom de la dignité et du devoir de respecter l’humanité, s’oppose au suicide, à la paresse, etc….
On peut remarquer que les principes kantiens sont omniprésents en bioéthique et dans la législation française.
La notion de personne va imposer des restrictions à la liberté de recherche, en particulier sur l’embryon. Si l’embryon est considéré comme une personne potentielle, il doit être considéré comme une fin et non comme un moyen.
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si un Etat qui se réclame de la laïcité peut faire une référence explicite à une philosophie en particulier celle de KANT. Ne serait-il pas préférable qu’il se maintienne dans une neutralité éthique en se limitant à des lois qui imposent comme seule limite à la liberté de chacun les nuisances que l’on peut faire subir à autrui ?

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