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Compte rendu du libre débat du 5 octobre 2016 (R De Nascimento)

Islam et laïcité
La laïcité n'est pas une opinion
 
La laïcité, ce n'est pas une opinion dirait notre vice-président Christian Eyschen, c'est la possibilité d'en avoir une. La formule est bien connue mais elle reflète bien la problématique. "Il faut permettre à ceux qui ont un point de vue, de l'exprimer". Au nom de quoi et de quel statut d'oppresseur ou d'opprimé, quiconque pourrait imposer son point de vue dans un débat parce qu'il possèderait une "autorité particulière" sur le reste de la population.
 
Nous avons organisé samedi 16 avril 2016, à Paris, un colloque intitulé ISLAM et LAICITE dont je vous engage à lire les actes qui ont contribué largement à la préparation de ce libre débat.
 
Je l'ai dit précédemment mais on peut le décliner autrement, nous sommes partisans de la laïcité, donc de la Séparation des Eglises et de l'Etat. Cette séparation distingue ce qui dépend de la sphère publique où l'on trouve les administrations, les services publics et l'école laïque. Toute manifestation par les fonctionnaires d'une quelconque expression religieuse est interdite. Dans la sphère privée, ce qui n'est pas interdit par la loi est permis. C'est le champ de la liberté d'expression, d'opinion et d'association, en un mot c'est le champ de la liberté absolue de conscience.
 
Depuis quelques années, et bien sûr après tous les événements tragiques que nous avons connus, une campagne, savamment orchestrée, laisse à penser que l'islam serait une religion à part, qui serait, par nature incompatible avec la République et la démocratie, on ajoute parfois que la charia pourrait être imposée à tous.
 On met ainsi un signe moins devant la religion musulmane suspectée de tous les maux et donc un signe plus aux autres religions "du livre", juive et chrétiennes.

Rappels sur ce qu'est l'islam
 
L'islam a été fondé en Arabie au VIIème siècle par Mahomet. Il n'a donc que 15 siècles d'existence. C'est à cette aune là qu'il convient de débattre.
 
Très majoritairement, l'islam (sunnite) ne connaît pas de clergé, seulement 20%, les chiites en possèdent un.
 
·         Un mufti, est un religieux musulman sunnite qui est un interprète de la loi musulmane ; il a l'autorité d'émettre des avis juridiques, appelés fatwas).
 
·       Un imam  chef religieux des musulmans, guide, celui qui est devant) est une personne qui dirige la prière en commun. C'est de préférence la personne qui est savante dans la connaissance des rites de l'islam.
Pour les chiites, tenant d'une tradition cléricale de l'islam, l'imam est le guide spirituel et temporel de la communauté islamique. Chez les duodécimains, ils portent souvent le titre de mollah ou d'ayatollah et, de ce fait, celui d'imam est plus usité dans le sunnisme. Dans les autres communautés chiites, l'imam est le seul guide.
Dans le cadre du sunnisme, on peut comparer la fonction d'imam à celle du pasteur ou de prédicateur protestant. En effet, l'imam ne fait pas partie d'une structure hiérarchique : il est désigné par la communauté elle-même et ne prétend à aucun lien privilégié avecDieu. Il peut être licencié s'il n'accomplit pas sa mission.
 
·         Un ouléma ou uléma est un théologien, généralement sunnite, de l'islam. Il n'est pas l'équivalent d'islamologue.
Dans le monde chiite, on parle plutôt de mollah.
 
Le grand mufti de Marseille disait en 2001: "En islam, le fidèle est libre de son interprétation. L'islam est une religion libérale et individuelle. Il n'a pas de clergé, sa seule autorité c'est son texte".
 
Comme toute religion monothéiste, l'islam est traversé de courants contradictoires. C'est une véritable foire d'empoigne entre salasfistes, wahhabistes, tablisghs ou ahbaches. Tous proposent la seule véritable lecture des textes et se lancent des anathèmes à tour de bras. Cela n'est pas sans rappeler les controverses entre ordres religieux du Moyen-âge.
 
En outre, il propose une doctrine sociale de soumission qui n'a rien à envier à la Doctrine sociale de l'Eglise catholique basée elle aussi sur l'obéissance et la soumission. De plus il est presque toujours instrumentalisé par les Etats. Le grand mufti de Marseille dit encore: "Dans les pays musulmans, c'est l'Etat qui salarie encore les imams. C'est lui qui fait la promotion de l'islam, mais quelle version de l'islam? Un islam qui ne connaît pas le citoyen et ne connaît que le sujet. Qui ne connaît pas l'Etat de droit et ne connaît que le droit du prince. Qui ne connaît pas le vote démocratique, l'expression libre du peuple souverain et ne connaît que le serment d'allégeance". Cette définition est la même, mot pour mot que celle du catholicisme triomphant quand il régnait sur les peuples avec les rois.

Islam, intégration et violence
 
On entend souvent dire que le musulman est difficilement intégrable dans notre république au motif qu'il aurait une religion différente de celle de nos ancêtres. On répète qu'on a intégré facilement les Polonais, les Italiens, les Espagnols et les Portugais parce qu'ils pratiquaient la religion catholique. Au prix d'une falsification de l'histoire, on efface toutes les ignominies commises contre les "polacks", les "ritals", les "portos". Pour avoir vécu un peu cette époque dans mon bassin minier d'origine je peux vous affirmer qu'on était loin du long fleuve tranquille. On y a vécu le racisme, l'intolérance et parfois la violence verbale et physique, sans parler de l'exploitation sans vergogne de nos parents par un capitalisme brutal.
 
Au prix d'une autre falsification historique, on fait de la Bible (ancien et nouveau testament), une belle histoire d'amour. Il suffit de les lire pour découvrir que l'Ancien testament n'est qu'une suite de récit de meurtres, d'assassinats, de viols, d'agressions et de vols. On y tue à chaque page son voisin pour lui prendre sa terre et au passage on lui prend sa femme après l'avoir violentée.
 
Bien entendu, on cache que le Nouveau testament a débouché sur le Droit canon catholique qui avait vocation à s'appliquer partout, contre tous. Il suffit de voir comme nous l'avons fait lors d'un libre débat, la condition réelle des juifs sous la férule de l'Eglise catholique pour en frémir d'horreur. Le port de la rouelle jaune, les rapines, les extorsions de fonds, les massacres, l'exil, c'est l'Eglise catholique qui a tout inventé. N'est ce pas le bon roi Saint Louis, un chrétien modèle, qui disait "Il n'y a pas plus grand plaisir que de mettre son couteau dans le ventre d'un juif et de le tourner". En matière d'humanisme, on peut faire mieux.
 
Qui a inventé la lapidation? La religion juive. Qui a dressé les gibets, les potences, les bûchers? La religion chrétienne. En matière de barbarie, les tueurs islamistes ne sont que des pâles copieurs de leurs devanciers. Quant à l'intolérance envers ceux qui ne croient pas, l'inquisition restera toujours la référence.
 
Dans sa déclaration le 23 novembre 1997, Jean-Pierre Chevènement (alors ministre de l'Intérieur chargé des cultes), dit: « L'islam est une religion nouvelle en France. Avec environ quatre millions de résidents de culture musulmane, elle est rapidement devenue la deuxième religion du pays. La moitié des musulmans qui vivent sur notre territoire national sont français. La plupart des autres sont appelés à le devenir. Le gouvernement ne saurait s'en désintéresser. J'ai suivi avec attention et médité les efforts de plusieurs de mes prédécesseurs pour intégrer l'islam dans la communauté nationale. J'ai le même objectif : aider à l'affirmation d'un islam français. Seulement, les difficultés qu'ils ont rencontrées m'incitent à la prudence. Il y a un paradoxe de l'Islam dans ses rapports avec la laïcité..."
 
Il y avait, en 1905 près de 10 000 000 de musulmans en France mais ils vivaient en Algérie où la loi de 1905 n'a jamais été appliquée.
 
C'est le même Jean Pierre Chevènement qui a été nommé à la tête de la Fondation pour les œuvres de l'islam de France,

Qui a donc créé le «terrorisme» qui ravage les pays occidentaux, et tout spécialement la France ?
 
Qui est à l’origine de la création d’Al Qaeda et de Daesh ?
 
Al Qaeda a été une création américaine, décidée par l’administration Reagan le 27 mars 1985 par la Directive de la sécurité nationale n°166.
 
De nombreuses autres sources assurent que Daesh a été créée par les Américains, en relation plus ou moins étroite avec Israël, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie : D’abord c’était pour combattre l’Union Soviétique en Afghanistan.
Ensuite les djihadistes ont été utilisé pour combattre les ennemis de l’Amérique un peu partout dans le monde, en Irak contre Saddam Hussein, en Libye (Kadhafi a été l’un des premiers dirigeants à porter plainte contre Ben Laden, bien avant le 11 septembre 2001), en Yougoslavie au côté des américains et des musulmans bosniaques, en Algérie où les USA ont soutenu le FIS (front islamiste du salut) et envoyé le GIA (groupe islamiste armé qui sont en fait de la même filière qu’Al-Qaïda), ils espéraient transformer l’Algérie en un pays musulman servile et à leur service, comme l’Arabie Saoudite,
 
l´URSS envahit l´Afghanistan en 1979. En réaction, les États-Unis déclenchent par le biais de la CIA l´opération Cyclone, consistant dans l´organisation de la résistance armée aux Soviétiques. De cette époque sont nés les talibans, majoritairement ex-moudjahiddines et entrainés par la CIA.
 Tous ces mouvements sont avant tout politiques et basés sur une interprétation du Coran et des textes moyenâgeux.

L'exemple de l'Algérie
 
On peut lire dans les Cahiers du Mouvement Ouvrier de mars 2016 un article d'André Ferrat paru en 1936 à propos de l'utilisation de l'islam par l'impérialisme français en Algérie: "les marabouts utilisent la religion islamique de la façon la plus grossière. Ils en ont fait une sorte de fétichisme et de sorcellerie d'ailleurs fort bien commercialisée. Ils exploitent la crédulité et la superstition des masses arabes arriérées et exercent une grosse influence sur ces couches.
 
(...) bien que la religion islamique ne prévoie pas de clergé et contrairement à la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat, le gouvernement subventionne les muphtis et les grands muphtis qui sont des lieutenants dans sa besogne d'asservissement des masses.
 
Lorsque pendant et après la guerre de 1914-1918 s'est développée la nouvelle bourgeoisie arabe en Algérie, elle ne tarda pas à comprendre la nécessité pour elle d'entrer en lutte contre les féodaux qui entravent son développement et par conséquent, contre le maraboutisme.
 (...) Quoique beaucoup d'intellectuels arabes soient incroyants, ils furent conduits à mener la lutte contre le maraboutisme et la féodalité sous l'égide d'un retour à l'islam primitif et pur, un peu à la façon dont la bourgeoisie naissante du XVIème siècle en Europe mena une lutte contre le catholicisme sous le signe de Luther et Calvin".

Islam et democratie
 
A la question éternelle sur l'incompatibilité de l'islam et de la démocratie, je voudrais citer Olivier ROY qui dit dans son ouvrage "L'Echec de l'islamisme politique".
 
"La démocratisation est rendue possible non pas par la sécularisation préalable des sociétés musulmanes, mais par la diversification du champ religieux et l'apparition de nouvelles formes de religiosité (individualisation, recomposition, bricolage, déculturation) qui peuvent faire perdre aux islamistes l'argument de l'authenticité et de l'identité. Si le champ religieux est diversifié, alors il est compatible avec la démocratie, même si les croyants ne sont pas des libéraux pour autant."
 
Pour la Libre pensée, tous les monothéismes se valent, tous les livres "saints" ne sont que des modèles d'intolérance dogmatique.
 
Il n'y a donc aucune raison spécifique qui ferait que telle ou telle religion serait soluble dans la démocratie, la laïcité et la République et pas les autres.
 
Nous partageons complètement le communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme du 14 avril 2016 intitulé: "Un premier ministre qui s'érige en censeur": " Voici que le premier ministre, dans une interview donnée au journal libération le 13 avril fait peser sur nos concitoyens de confession musulmane la suspicion de vivre dans une foi dont il resterait à démontrer qu'elle est "fondamentalement compatible avec la République". des hommes et des femmes qu'il faut protéger d'eux-mêmes comme des enfants car incapables de discerner le Bien et le Mal.
 
Non seulement Manuel Valls piétine la loi de 1905 et la laïcité mais il y ajoute le mépris que ne manqueront pas de ressentir ces hommes et ces femmes à qui il prétend dicter leur manière de prier, de s'habiller et même de penser. Ce n'est pas ainsi que l'égalité des droits sera rétablie, ce n'est pas ainsi que l'on fera renaître la confiance dans les principes de la République et encore moins que l'on combattra le racisme".
 
Cela permet de mettre en avant un pseudo  " choc des civilisations" pour en arriver à l’ennemi intérieur, ce qui justifie qu’il y ait plus de 10 000 soldats en mouvement sur le territoire. Depuis cette année, l’armée de Terre ne recrute plus 10 000 hommes et femmes par an, ils sont montés à 15 000. Depuis 1995, nous vivons sous "Vigipirate".
 
A noter que le meeting du 5 décembre 2015 a été le premier meeting démocratique « sous état d’urgence » sans qu’il y ait une seule patrouille de police aux alentours de Japy (à 300 mètres des attentats du 13 novembre). A noter aussi, que le prétexte de l’Etat d’urgence entrave les libertés démocratiques, le droit de manifester mais ce n’est pas l’Etat d’urgence qui a déjoué d’autres attentats, c’est le travail de la police spécialisée dans le domaine.

En guise de conclusion provisoire
 
Si on veut répondre à la question: "l'islam est-il soluble dans la démocratie et la laïcité?" il faut tenir compte de sa relative jeunesse, comparée aux autres religions dites "du livre". De ce point de vue il n'est ni plus ni moins compatible avec les principes modernes que toutes les autres religions monothéistes. Rappelons-nous que celles-ci n'ont jamais évolué de leur propre chef mais toujours sous les coups de boutoir de l'émancipation humaine. C'est ce qui arrivera aussi sans doute à l'islam. Il ne faut pas compter sur les libres penseurs pour qu'ils crient avec ceux qui stigmatisent la "singularité" du culte musulman.
 
Pierre-Patrick Kaltenbach, ancien vice président de l'INED (Institut National d'Etudes Démographiques) remarquait dans le Monde du 15 mars 1991: "Pourquoi l'islam ne pourrait-il pas connaître la Réforme qu'a connue le christianisme? La Réforme a été une déromanisation, non un recul de la foi. Et si les français ont pu se passer du latin, pourquoi les perses et les sénégalais ne pourraient-ils pas se passer de l'arabe.
 On peut ajouter qu'une exégèse rationaliste (étude approfondie et critique d'un texte) commence à voir le jour à l'intérieur même de l'islam. Enfin la libre pensée condamne toute tentative d'organisation des religions, quelles qu'elles soient par l'Etat. La loi de 1905 impose la non-reconnaissance des cultes. Certains tentent de faire des distinguos subtils entre "ne pas reconnaître sans méconnaître". La laïcité, c'est la Séparation d'avec les Eglises et certainement pas l'organisation des cultes par le gouvernement. Il y a d'ailleurs un certain mépris condescendant envers les musulmans qu'on ne juge pas capables de s'organiser sans le secours de l'Etat.
 

 
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