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"L'humain ou le divin"

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L' Humain ou le Divin ?
choisir l'homme contre la divinité, c'est le choix de tous les philosophes matérialistes, depuis l'Antiquité, en particulier avec Epicure, puis des philosophes des Lumières et de ceux du 19ème siècle.

« Toute philosophie critique commence par une critique de la religion »

Karl Marx dans Contribution à la critique de « la philosophie du droit » de Hegel (1843)

1 - Trois philosophes libertaires face à la religion
Pierre-Joseph Proudhon, Michel Bakounine et Pierre Kropotkine, philosophes du 19ème siècle et théoriciens de l'anarchisme moderne font le choix de « l'homme contre la divinité », en proposant une critique méthodique et radicale aussi bien de l'Idée religieuse que de ses manifestations pratiques et politiques :

A  propos de l'idée religieuse :
1. C'est en 1er lieu, la critique de l'idéalisme considéré comme système de négation de la vie humaine, de justification de l'ordre en place.
2. Ils s'en prennent ensuite à l'objet suprême de la religion, Dieu, considéré comme idée dogmatique niant la liberté humaine, opposée à la science et ce faisant, hypothèse dérisoire et inutile.
3. Ils montrent qu'aux sources de la religion il n'y a pas de révélation mais la crainte produite par l'environnement naturel et social, par la peur de la mort.
A propos de ses manifestations pratiques :
4. Ils s'attachent à dénoncer le christianisme comme la religion de la sanctification des inégalités, de la servitude et de la distorsion entre la pensée et les actes.
5. Ils montrent également comment le fait religieux est synonyme de  répression et de rétrogradation morale, de corruption de la nature humaine
6. Ils dévoilent la nature profondément oppressive de l'Eglise à l'égard du peuple, son esprit féodal et esclavagiste.
7. Enfin, ils posent la question du choix entre Révolution et Eglise.

Ce sont les 7 chapitres traités ci-après, avec dans chacun d'eux les analyses des  trois philosophes, chapitres conclus par la critique du « principe d'autorité », spécificité libertaire, associant la condamnation de la religion à celle de l'Etat, les deux agissant de façon complémentaire dans le maintien de l'Homme dans un état de misère : «
...La nature répressive de l'Etat ne serait pas ce qu'elle est sans le soutien consubstantiel d'une autre puissance,  l'Eglise...sanctifiant tous les actes répressifs de l'autorité étatique... » (
Philippe Paraire, dans « la révolution libertaire »)

2 – Qui sont ces 3 philosophes (repères chronologiques et apports théoriques)

Pierre-Joseph Proudhon (1809/1865)
Chronologie :
1805 : naissance à Besançon, non scolarisé, il travaille aux champs.
1828 : ouvrier typographe, il se cultive en autodidacte, se passionne pour le droit, l'économie, l'histoire et la philosophie.
1840 : ouvrage « Qu'est-ce que la propriété ».
1846 : ouvrage « Philosophie de la misère ».
1848 : il participe à l'insurrection parisienne de février/ élu député (socialiste) de l'Assemblée constituante en juin (cf. 2ème République 1848/1852).
1849 : Fondation de la Banque du Peuple qui durera quelques mois/condamné pour ces écrits contre Napoléon dans la « Voix du peuple », il fuit en Belgique, revient clandestinement, est arrêté et emprisonné (nombreux articles écrits en prison et ouvrage en 1951 : « Idée générale de la Révolution au 19ème siècle »).
1852 : libéré pour raisons de santé.
1858 : parution de « De la Justice dans la Révolution et dans l'Eglise » qui amène une nouvelle condamnation, fuite à Bruxelles.
1861 : il est amnistié et rentre à Paris, travaille à plusieurs ouvrages (cf.« De la capacité politique des classes ouvrières »).
1865 : mort à Paris.

Apport théorique de Proudhon :
Son oeuvre philosophique est considérée majeure dans divers domaines de connaissances : politique, économie, sociologie, justice, histoire et théologie.
Auteur de la fameuse formule : «
La propriété c'est le vol » (cf. »Qu'est-ce que la propriété - 1840), il constitue sa théorie de la « Force collective des travailleurs dont le produit est volé par l'employeur » et ouvre ainsi la voie à la théorie de la « Plus-value » développée par Karl Marx (cf. 1er livre du « Capital » en 1867) avec qui il entretiendra une importante correspondance.
Friedrich Engels saluera son oeuvre comme : «
un manuel scientifique pour le prolétariat français ».
Il est effectivement le 1er à placer l'économie au centre des sciences sociales, il en fait la science 1ère, celle par laquelle «
doit passer toute étude révolutionnaire constructive ». Cela l'amène à proposer en matière économique une nouvelle forme, le mutualisme, organisation où : « les individus et les forces collectives sont les garants d'un échange juste et réciproque ». Concrètement ce sera la création d'une banque de Crédit mutuel, la « Banque du peuple », prêtant aux sociétaires à taux zéro, initiative qui vivra quelques mois.
Il complète l'idée du mutualisme économique en léguant au camp révolutionnaire, l'idée fédéraliste, forme politique d'une société sans Etat, reposant sur la Fédération des Communes et les Fédérations agricoles, industrielles.
A propos de la religion, Proudhon a marqué profondément l'histoire de l'antithéologisme en réalisant une véritable contre-histoire du dogme chrétien, monument de la pensée anticléricale. De ce point de vue, il est considéré comme un grand continuateur des philosophes des Lumières repris par de nombreux révolutionnaires.

Michel Bakounine (1814/1876)
Chronologie :
1814 : naissance dans une famille de petite noblesse provinciale.
1828 : entrée dans l'école d'artillerie.
1835 : Officier de l'armée du tsar, il déserte et part étudier la philosophie à Berlin.
1846 : il est à Paris où il rencontre Proudhon, Marx.
1848 : il participe à l'insurrection parisienne et celle de Prague, puis à Dresde.
1849 : il est arrêté, emprisonné et condamné à mort, livré à la Russie.
1851/1857 : mis au secret dans la prison Pierre et Paul (Saint Pétersbourg) puis déporté en Sibérie.
 1861 : il s'évade, se retrouve à Londres où il renoue contact avec Karl Marx.
1864 : il est à Paris où il est en relation avec Proudhon.
1867 : il écrit « Fédéralisme, socialisme et antithéologisme ».
1868 : il fait entrer les fédérations suisses, italiennes et françaises dans l'AIT (1ère internationale, fondée par Marx et Eugène Varlin).
1870/71 : il participe aux évènements de la « Commune de Lyon », arrêté, il s'évade et s'enfuit en Suisse où il écrit « Dieu et l'Etat », « La Commune de Paris et la notion d'Etat ».
1872 : exclu de l'AIT, il va participer à la fondation de « l'internationale anarchiste » en septembre 1872 à Saint-Imier (Suisse) avec les fédérations suisses, italiennes, espagnoles, françaises et américaines (rupture définitive entre Karl Marx et les bakouninistes).
1876 : il décède à Berne.

Apport théorique de Bakounine :
Bien que fragmenté son apport est considérable et tient en 4 points fondamentaux :
Une analyse originale de la domination,
Une conception libertaire matérialiste intégrant les apports de Marx,
Le développement de la pensée internationaliste,
Le dévoilement de la structure intrinsèquement religieuse de l'Etat
Sur les traces de Proudhon, il initie la synthèse entre anarchisme et matérialisme ouvrant la voie aux développements ultérieurs de Kropotkine et ses connaissances scientifiques.
Au delà d'une simple « donnée instrumentale de l'oppression mise au service d'une classe particulière » (cf. Marx), Bakounine considère l'Etat comme le lieu où une collégialité autoritaire élabore l'essentiel de la stratégie commune aux politiciens, aux potentats de l'économie et aux spécialistes de l'asservissement religieux des esprits.
Il est le premier cherchant ainsi à établir la nature du lien existant entre oppression politique de l'Etat et les formes idéologiques qui l'accompagnent, parmi elles la puissance réactionnaire de l'esprit religieux : «
L'Etat n'est pas utile à la gestion de la société, tout Etat est religieux » (dans « Dieu et l'Etat », 1870)

Pierre Kropotkine (1842/1921)
Chronologie :
1842 : naissance à Moscou dans une très vieille famille royale ukrainienne.
1857 : élève brillant à l'école d'artillerie, il est nommé 1er page du tsar (il a 15 ans).
1861 : dès l'abolition du servage, il participe à l'alphabétisation des paysans.
1863 : en mission en Sibérie, il rédige plusieurs rapports mettant en cause la gestion municipale, dénonce les famines...sans suite.
1864 : missions et découvertes scientifiques en Sibérie orientale (en géographie et sciences naturelles).
1867 : il quitte l'armée et entre à l'université de géographie.
1872 : il adhère en Suisse à l'AIT dans le courant Bakouniniste.
1873 : de retour clandestinement en Russie, il mène des actions de propagande dans les milieux ouvriers et paysans.
1874 : il est arrêté et emprisonné à la prison Pierre et Paul.
1876 : il s'évade et se retrouve en Angleterre où il participe à des revues scientifiques.
1883 : en France où il continue la propagande révolutionnaire, il est arrêté et incarcéré à la prison de Clairvaux. Elisée Reclus, son ami publie « Paroles d'un révolté ».
1886 : très malade, il est gracié grâce à l'intervention de Victor Hugo et de la Communauté scientifique.
1886/1917 : ce sont 30 années en Angleterre consacrées à l'étude, la parution d'ouvrages qui lui confèrent une notoriété scientifique dans le monde entier. Sur le plan politique c'est la parution de « La conquête du pain » (1892), « Communisme et Anarchie » (1903), « La Science moderne et l'Anarchie » (1913) etc.
1917 : il rejoint la Russie pour participer à la Révolution, rencontre régulièrement Lénine (qui fera réaliser un musée Kropotkine, dispersé ensuite par Staline), refuse un poste de ministre (désaccord sur la question de l'Etat).
1921 : décès à Moscou, des milliers d' anarchistes emprisonnés sont libérés l'espace d'une journée afin d'assister aux obsèques réunissant plus de 100 000 personnes sur un cortège de 9 kms.

Apport théorique de Kropotkine :
Philosophe de l'autogestion à travers son analyse de l'expropriation révolutionnaire, il est considéré comme l'un des théoriciens (avec Errico Malatesta) de l'insurrection populaire (cf. son ouvrage « La grande révolution française » en 1909 sur la Révolution de 1789, salué par Lénine comme étant un « maître ouvrage »).
Historiquement, il est en dehors des relations conflictuelles entre Karl Marx et Proudhon ou Bakounine, et est considéré comme le penseur le plus profond de la fusion entre anarchisme et communisme (cf. Communisme libertaire).
Enfin, il donne à l'anarchisme une assise dans le domaine scientifique, à travers sa théorie de l'entraide et de la coopération des espèces, comme principe de vie collective :  «
S'il n'existait pas de tendance naturelle à l'entraide, l'espèce humaine ne se serait pas adaptée aux modifications de son environnement et aurait disparu... ».
Par ses travaux dans le domaine des sciences humaines, de la politique, de l'économie et de l'histoire, de la géographie (avec Elisée Reclus), Il est considéré comme l'héritier des philosophes des Lumières et des travaux de Charles Darwin sur lequel il s'appuie dans le domaine des sciences naturelles.

3 – Antithéologie libertaire :
« Le premier devoir de l'homme intelligent et libre est de chasser l'idée de Dieu de son esprit et de sa conscience...Dieu (s'il existe) est hostile à notre nature et nous ne relevons pas de son autorité...nous arrivons à la science malgré lui : chacun de nos progrès est une victoire de l'humanité sur la divinité »  P.J.Proudhon

En penseurs et acteurs révolutionnaires conséquents, Proudhon, Bakounine et Kropotkine sont bien décidés à en découdre avec la religion comprise comme instrument premier de la domination et du maintien des peuples dans l'esclavage spirituel et intellectuel.
Ce qui est en jeu pour ces trois penseurs révolutionnaires c'est tout autant la question de savoir quel est l'objet véritable de la philosophie (la matière, le monde ou les idées fumeuses des métaphysiciens) et quel est le statut de l'homme qui est au centre de la question politique et sociale. Tous s'accordent à dire que l'homme est le coeur et l'acteur de sa propre histoire.

1. Le refus de la philosophie idéaliste
« Il faut se pénétrer de l'idée que c'est la tâche de la physique de rechercher avec soin la cause des faits observés ». Epicure (Lettre à Hérodote)

Dominante, omnipotente et omniprésente dans les classes dirigeantes ainsi que dans la vie publique, la pensée idéaliste proclame que la vie des hommes est surdéterminée par des idées métaphysiques supérieures (Dieu, Esprit, Bien, Mal...). Elle sert ainsi depuis la nuit des temps à justifier l'ordre établi.
Proudhon affirme dans « De la justice dans la Révolution et dans l'Eglise » (1858) :«
Le jardin du philosophe, c'est le spectacle de l'univers, Vérifiez sans cesse vos observations, mettez de l'ordre dans vos idées, soignez vos analyses...ne croyez rien sur parole...construisez à l'aide de la science mais ne l'adorez pas ».
Sur les traces d' Epicure, il dénonce dans toute son oeuvre l'obsession des philosophes idéalistes refusant de parler des phénomènes concrets, et objectifs pour analyser le réel. Il n'y a donc pas «
plus de science révélée, innée, que de privilèges, richesses tombées du ciel. Tout bien vient du travail, comme toute connaissance vient du fruit de l'étude ».
Pour Bakounine, l'homme est comme tout ce qui existe dans le monde, un produit de la matière. Pas de la matière inerte, dépouillée comme le disent les théologiens, justifiant par là l'intervention de Dieu, mais de la matière intelligente en mouvement perpétuel. Les idéalistes ont donc tort et les matérialistes raison : «
les faits priment les idées, toute l'histoire intellectuelle, morale, politique et sociale de l'humanité est le reflet de son histoire économique » (dans « Dieu et l'Etat », 1882).
Quant à Kropotkine, il applaudit à la victoire des « darwinistes », dans « La science moderne et l'anarchie », (1913) : «
Depuis lors, toute une nouvelle science, la biologie, la science de la vie dans toutes ses manifestations a grandi sous nos yeux ». En se basant sur les travaux de Darwin, il précise que « ces travaux permettent de reconstituer non seulement l'histoire des organismes vivants, mais aussi l'histoire des institutions humaines ».

Ce refus de la philosophie idéaliste, c'est le refus des idées métaphysiques supérieures (spéculation), opposées à la notion d'idéal défini comme transformateur du monde réel (action), « Fleur dont les conditions matérielles d'existence sont les racines » (Bakounine). La pensée libertaire s'inscrit donc dans le camp du matérialisme en le faisant reposé sur le triple fondement scientifique : physique, physiologique et biologique.

2. La critique de l'idée de Dieu
« Referme ton Coran. Pense et regarde librement le ciel et la terre » Omar Khayyam (écrivain et mathématicien, astronome persan du 11ème siècle)

« Ni Dieu ni maître » formule (complété par « Mieux d'être » par Jacques Prévert)    d'Auguste Blanqui, deviendra la devise de tous les anarchistes, tant il est vrai que l' « idée de Dieu » n'est pas une idée comme les autres. Elle surplombe tout le système de l'ordre politique et idéologique en place, elle est la véritable clé de voûte de l'esprit rétrograde et de la contre-révolution.
Proudhon ne propose rien de moins que d'éliminer de la réflexion morale et politique cet : «
absolu des absolus qui est Dieu...éliminer l'absolu c'est faire apparaître la raison des choses...leur donner une réalité et permettre à l'homme qui en cherche l'utilité de les créer ». Il faut purger les idées dans la sphère des sciences morales, « déterminer au moyen de l'observation historique et de l'étude des transactions sociales, les rapports ou la raison des actes humains, sans y mêler rien de l'absolu humain, à plus forte raison de l'absolu surhumain, l'absolu des absolus qui est Dieu ».
«
Si Dieu existe, l'homme est esclave, or l'homme peut, doit être libre ; donc Dieu n'existe pas ». Cette formule célèbre de Bakounine signifie que l'idée de Dieu implique la négation de la liberté humaine et de fait il affirme : « le ciel religieux est un mirage où l'homme exalté par sa propre ignorance et la foi, se proclame lui même esclave ». Celui qui veut adorer Dieu, doit sans se faire de puériles illusions, renoncer à sa liberté et à son humanité, car « dans l'histoire des civilisations, on peut observer que plus les cieux se sont enrichis des Dieux, plus la terre (les hommes) est devenue misérable, et la divinité installée, elle fut proclamée la cause, raison ou arbitre absolu de cet état des choses ».
Enfin, pour Kropotkine : «
la divinité est une hypothèse sans intérêt, définitivement écartée par le progrès de la science », car les « faits mécaniques nous suffisent à expliquer toute la vie de la nature, la vie organique, intellectuelle et sociale que nous y découvrons, sans avoir recours à un créateur, à une « force vitale » mystique ».

C'est l'observation directe des phénomènes, de l'explication des faits, de leurs rapports, qui élimine (« purge les idées » dit Proudhon) toute considération d'absolu. Les religions étant fondées sur l'absolu des absolus, Dieu, ne reposent donc que sur la crédulité des hommes non encore arrivés au plein développement et pleine possession de leurs facultés intellectuelles. Ainsi la divinité devient une hypothèse sans intérêt, écartée par le progrès des schémas explicatifs de la science moderne, ce qu'en optimiste Kropotkine résume ainsi : «Nous n'entrevoyons pas la probabilité de ne jamais découvrir un domaine où les faits mécaniques ne nous suffiraient plus à expliquer ce qui dans l'instant nous est inconnu ».

3. A l'origine du sentiment religieux, la crainte
« Otez la crainte de l'enfer à un chrétien, et vous lui ôterez sa croyance » Diderot (1763)
S'inscrivant dans la perspective des philosophes matérialistes de l'antiquité, ils montrent comment les fondements de la religion résident dans l'environnement physique et social, dans le sentiment que peut provoquer cet environnement : la crainte.
Proudhon nie que la : «
Religion soit le produit d'une alliance de l'homme avec Dieu, et au contraire, tout dans son histoire relève de la peur de l'homme devant un Dieu tout-puissant...la religion ne relie pas, elle soumet... ». La religion n'est que crainte respectueuse de la divinité à qui il faut offrir sacrifices, rituels, offrandes, expiations, voeux et processions, « Faites de la religion le lien ou l'alliance sociale et tout cela devient absurde.. ».
Bakounine reprend Proudhon :
« La religion commence par la crainte...les animaux  vivant en liberté sont farouches, craintifs avec le sentiment de danger, mais chez eux, dénués de conscience, réflexion, cela ne devient pas religion...l'homme doué de raison a inventé la religion, l'irraison ». (cf. « Fédéralisme, socialisme et antithéologisme », 1867).
Comme ces deux prédécesseurs, Kropotkine situe la crainte comme l'origine du fondement religieux par l'approche sociologique : «
Pour maintenir cette crainte, des rites sacrés s'établissent...la coutume, la crainte de changement, l'inertie de la pensée sont le facteur principal de la conservation de ces règles sociales établies...devenant ainsi un véritable ordre moral et politique, confondu avec le religieux ».


Loin d'être synonyme de sociabilité, d'union, le mot religion (« religare/relier » et son radical « lig /ployer, courber,incliner»), dans son étymologie même, est une soumission totale de l'homme, seul et démuni, face à la divinité. C'est la crainte primitive de l'homme née de sa fragilité face à son environnement, au monde extérieur hostiles. Cette crainte devenue ainsi le premier objet de sa naissante réflexion sera instrumentalisée par les religions, qui établissent des rites sacrés afin de maintenir l'ordre moral et politique dans les groupes sociaux constitués. La religion n'est donc pas le produit d'une alliance de l'homme avec Dieu, mais au contraire, toute son histoire relève de la peur de l'homme devant un Dieu tout-puissant.

4. Le christianisme, un modèle de religion à combattre
« La religion est une forme de projection de l'image du père et de névrose infantile dont l'adulte devra guérir pour devenir sain » Sigmund Freud dans « L'avenir d'une illusion » (1932)

Le sort particulier réservé au christianisme s'explique par l'époque où ces philosophes anarchistes écrivent : c'est le 19ème siècle durant lequel l'Eglise engagée aux côtés des forces monarchistes se manifeste avec violence et intolérance face aux volontés émancipatrices des peuples. Désireuse de se venger de 1789, elle  combat contre toutes les forces révolutionnaires.
Ainsi, Proudhon dénonce avec vigueur la : «
Servitude inscrite au coeur de la religion chrétienne, son essence inégalitaire et contraire à la justice révolutionnaire ». Il poursuit en précisant que cette : « inégalité est providentielle (nécessaire), tant il est nécessaire qu'une partie, la plus nombreuse de l'humanité, serve l'autre, la minorité... », pour conclure : « sans religion, comment le peuple pourrait-il perdre sa dignité et se subordonner, obéir...Cette  abnégation du « moi » relève bien d'un système très raffiné faisant accepter l'injustice et l'inégalité...le riche étant d'origine « plus sainte » que le pauvre, le « bon homme »...celui-ci étant dédommagé dans la vie éternelle ».
Bakounine fustige l'Eglise et son Dieu : «
dont la parole ne sert qu'à sanctifier les actes liés à la répression d'Etat ». L'Eglise, la religion, c'est :  « l'appauvrissement et l'asservissement absolus de l'humanité au profit de la divinité...Dieu étant tout, le monde réel et l'homme ne sont rien. Dieu étant Vérité et Justice, l'homme est mensonge...Dieu étant maître, l'homme est esclave... ». Il signifie que la religion, est une erreur dans le développement de l'humanité en ce sens que que « l'humaine raison dans le 1er réveil des hommes a pris la forme de divine déraison...la religion le rend incapable d'accéder par lui-même à la justice, la vérité ». L'homme doit donc dépasser la religion pour s'émanciper !
Enfin, Kropotkine souligne : «
les contradictions insupportables entre le message d'amour des évangiles, les belles paroles et la cruauté des actions de l'institution cléricale au cours des siècles ». Les notions de « Bien », de « mal », empruntées aux antiques, complétées de la notion de « Diable » s'emparant de l'âme humaine sont devenues : « l'essentiel de la religion catholique au nom desquelles elle s'est attachée à exterminer, persécuter avec une férocité incroyable tous ceux qui osaient critiquer ses représentants ». (cf. « L'Ethique », 1922)


L'Eglise a répudié les propres fondements du christianisme, s'écartant de plus en plus de l'enseignement primitif, rendant les évangiles incompréhensibles pour le peuple (Kropotkine souligne les écrits incompréhensibles, hors de la portée des croyants : en latin ou en ancien slave en Russie). Dans le christianisme, ils soulignent comment la condition des personnes n'est pas la même et qui fait de l'Eglise une institution totalement inégalitaire, considérant l'homme comme un double esclave : celui de Dieu, de son représentant terrestre, l'Eglise, ainsi que de l'Etat, qui est béni par elle. Opposée à la justice et de la liberté, la Raison commande la disparition de l'Eglise pour permettre l'émancipation humaine.



5. L'influence corruptrice de la religion
« Ceux qui peuvent vous faire croire des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités » Voltaire

La puissance régressive de la religion est si fortement ancrée dans l'esprit des masses, qu'une simple dénonciation du rôle nocif du christianisme au plan social ne suffirait pas à convaincre les individus de se séparer du joug de la religion. Il faut mettre en évidence sa dimension corruptrice, avilissante à l'égard de l'humanité.
Proudhon montre le caractère dégradant de la représentation de l'homme par «
la théologie qui considère la nature humaine comme fautive, coupable et accablée par le péché...le point de départ du dogme religieux est de considérer l'homme comme vicieux » (« il n'y a pas d'homme sans péché  », dit Paul). Ainsi, même en faisant le bien nous ne deviendrions pas justes ! Mais, c'est en étant juste (au sens religieux) que nous ferions le bien ! A partir de ce principe et acceptant que nous soyons vicieux, la religion par sa méthode de justification nous rend même pires !
Bakounine poursuit en affirmant que les influences religieuses démoralisent et corrompent les peuples :
« la religion tue toute puissance créatrice, productive en faisant mépriser la vie terrestre, le travail ne serait qu'un châtiment mérité, ceci en vue d'une béatitude céleste future...La religion n'est qu'une permanente immolation de l'humanité face au désir de vengeance de la divinité ».
En homme de science, Kropotkine montre comment la toute puissance religieuse : « obscurcie les idées, freine les progrès de la science par rapport au développement des connaissances...le christianisme avec ses racines puisées dans le pessimisme est le plus grand Empire régnant sur les esprits ». L'homme ne pouvant rien changer à son état, ne pouvant, seul atteindre un avenir meilleur, la croyance serait pour lui son seul lot de consolation ! Kropotkine démontre comment : « le niveau intellectuel général baissa avec le développement du christianisme, et qu'il fallut 1000 ans pour assister à une renaissance des sciences étouffées en Europe depuis l'Empire romain à la fin du 3ème siècle de notre ère ».

La religion est une puissance régressive fortement ancrée dans l'esprit des masses qui considère l'homme comme originellement et fatalement vicieux, pervers, coupable, fautif et impuissant, sans possibilité de création, démuni de raison. A partir de là, sa vie terrestre ne peut qu'être châtiment et expiation mérités, dans l'attente d'une consolation dans un au-delà hypothétique. Ce pessimisme absolu, c'est cela, l'influence corruptrice, le rôle nocif de la religion interdisant nécessairement tout progrès de l'humanité, toute avancée scientifique qui ne pourraient qu'aboutir à sa remise en cause, à sa propre perte.

6. La nature esclavagiste de la religion
« La religion, c'est l'échappatoire de ceux qui sont trop lâches pour se reconnaître responsables de leurs propres destinées » Jean-Paul Sartre

L'Europe du 19ème siècle est une vaste prison dont l'Eglise est tout à fait partie prenante. Par son discours autoritaire, fondé sur la loi de l'obéissance en Dieu, elle renforce l'esprit de soumission si nécessaire au maintien de l'ordre par et pour les différents pouvoirs en place.
Proudhon décrit l'immoralité dogmatique de l'Eglise qui «
se flatte d'éclairer la religion des princes, de régénérer les sociétés, consolider les Etats et de former les bons citoyens, bons sujets, bon homme, bon pauvre, obéissant inerte et servile dans sa conscience, dans sa raison et dans sa volonté...tel qu'il le faut à l'absolutisme ! ». C'est le régime du dogme, de la prédestination de toutes choses : « bon homme, bon pauvre, bon sujet : ces 3 mots résument la jurisprudence de l'Eglise, en ce qui touche les personnes, les biens, le gouvernement. C'est son droit public, son droit de la paix et de la guerre, son droit domestique, son droit municipal, son droit administratif, son droit pénal, son droit des gens ».
A nouveau, Bakounine nomme : «
deux institutions fondamentales de l'esclavage : l'Eglise et l'Etat ». C'est le même esclavage, et l'histoire « de la religion se résume à ceci : plus de divinité égale moins d'humanité ». Le nom de Dieu « sonne comme une massue abattant la liberté, la dignité et la raison...avec le nom de Dieu, les idéalistes voudraient nous ennoblir alors qu'ils nous écrasent...ils parlent de fraternité quand ils créent l'orgueil et le mépris, sèment la discorde, la haine et la guerre ».
Kropotkine poursuivant la pensée de Bakounine liant Etat et religion, montre comment l'un et l'autre sont à l'opposé du progrès humain : «
Si l'Etat centralisé a toujours maintenu le peuple dans l'esclavage économique, l'Eglise l'a contraint à un esclavage intellectuel ».

La nature esclavagiste de la religion, se trouve dans la « raison-providentielle », de l'Etat, de l'Eglise, opposée à la « raison-juridique » portée par les principes de justice, d'égalité et de liberté d'une humanité émancipée et libérée des dogmes. Au nom de cette « immoralité dogmatique » voulant éclairer les princes et former les citoyens, ceux qui ne sont pas ou peu inspirés par les discours autoritaires de l'Eglise et de l'Etat, sont tenus d'obéir à ceux qui se disent les plus inspirés. Ainsi est démontré le lien intime qu'entretient la religion, sa nature esclavagiste, avec la figure de l'Etat autoritaire.

7. Choisir entre l'Eglise et la Révolution
« La religion et la politique ne devraient pas s'accorder...l'une semblant être piété...l'autre...injustices d'un gouvernement...elles ne laissent pourtant pas de s'accorder assez bien ensemble lorsqu'elles ont fait alliance » Jean Meslier (1664/1729), dans son testament.

Les penseurs libertaires proposent une rupture radicale avec l'obscurantisme religieux. Pour eux, comme pour Marx, qui voyait en elle l'opium du peuple, la religion n'est susceptible d'aucune réforme, elle est trop nocive dans sa théorie comme dans sa pratique...il convient de s'en débarrasser !
La Révolution et l'Eglise, représentant chacune un élément de la conscience, Proudhon pose la question d'une possible conciliation, ou de la subordination de l'une par rapport à l'autre, ou si l'une des deux doit s'éclipser ? Il conclut :
«  si la religion et la justice, au point de vue de la Société, ne sont pas de nature incompatibles, la 1ère doit se renfermer dans les limites de la conscience tandis que l'autre embrasse tout ».
Quelle vision annonciatrice du combat pour la laïcité institutionnelle !
Pour Bakounine, plus radical, la Révolution tranchera :
« La Révolution sociale... fermera en même temps les cabarets et les églises, l'un et l'autre faisant du mal à la cause révolutionnaire, à la conscience du peuple ». La Révolution est la seule capable de « détruire croyances religieuses et habitudes de débauche illusoire, l'une et l'autre fausses jouissances spirituelles ou corporelles ».
Quant à Kropotkine, il rappelle les mesures prises par les révolutionnaires français contre le clergé en 1793, mesures : «
d'une violence on ne peut plus édifiante, la révolution n'étant pas le produit de la recherche d'un juste milieu, de demi-mesures...elle est exclusive, totale, ou elle n'est pas ». L'histoire de la Révolution française a : « a montré l'impossibilité de gagner le clergé à la cause du progrès (cf. expérience avec le clergé assermenté) », et explique comment l'ensemble des mesures prises à l'époque, ne supprimaient pas l'Eglise, mais maintenaient une sorte « d'Eglise nationale » séparée de l'Etat et soumise à celui-ci (cf. « La Grande Révolution française », 1909).

La « raison théologique » niant la « raison juridique », il ne peut y avoir de compromis entre Révolution et Eglise. Celle-ci ne peut que s'éclipser dans un processus révolutionnaire mettant fin à l'état de misère, tant économique que morale et intellectuelle. Si cet état de misère a contribué largement jusqu'alors aux croyances absurdes et obscurantistes défendues par l'Eglise, la Révolution ne peut que participer à une tentative de déchristianisation des masses, en prenant gare de ne pas remplacer la croyance religieuse en la divinité par la « croyance en l'Etat » («Culte de l'Etre suprème » contesté par Kropotkine).



ANNEXES


4 – Anti-autoritarisme et anti-étatisme
Deux grandes écoles de pensée se partagent le champ de la réflexion libertaire : un anarchisme élitiste, individualiste dénonçant l'autorité de l'Etat au nom du « moi absolu » (cf. Max Stirner) et l'anarchisme collectif, révolutionnaire qui élabore sa critique de l'autorité et de l'Etat à partir d'un concept social de la liberté. C'est à cette école qu'appartiennent Proudhon, Bakounine et Kropotkine, et que Jean Paul Sartre reconnaît par cette formule :  «
Je ne deviens libre que par la liberté des autres ». Cette définition anti-autoritaire de la liberté est donc comprise comme puissance collective qui ne peut que s'opposer, entrer en contradiction avec l'autre puissance, l'Etat pour lequel l'autorité est le fondement, légitimité par la violence et la coercition. En ce sens, l'analyse vaut pour la critique de l'autorité également fondement de l'Eglise, complétant et renforçant « l'esclavage des corps par celui des âmes ».D'ailleurs l' Eglise ne légitime t-elle pas la propriété privée des moyens de productions au nom du « droit naturel » ! D'où la condamnation de l'Eglise et de l'Etat perçus comme ayant une conception commune de l'humanité : sa soumision temporelle et spirituelle !
Proudhon affirme dans « Idée générale de la Révolution au 19ème siècle » (1851) l'indivisibilité de l'Eglise et de l'Etat tous deux unis par les mêmes dogmes reposant sur : «
la perversité originelle de la nature humaine...l'inégalité naturelle et essentielle des conditions..la perpétuité des antagonismes et des guerres...la fatalité de la misère... », tout cela justifiant la nécessaire obéissance, la résignation et la foi dans le prêtre comme dans l'homme de pouvoir. Au nom de ces principes, le peuple est divisé en classes, castes subordonnées les unes aux autres, échelonnées, formant « une pyramide au sommet de laquelle trône l'autorité avec  la centralisation administrative, la hiérarchie judiciaire, la police et le culte... ».. Dans les pays où le principe démocratique est prépondérant, cela conduit à : « la distinction des pouvoirs, l'intervention des peuples par la seule voie représentative, la prépondérance des majorités fabriquées avec les variétés innombrables de systèmes électoraux... ».
Bakounine poursuit dans la « 4ème lettre aux compagnons de l'AIT », le 1er mai 1869 : «
Il y a identité de l'Eglise et de l'Etat, l'une et l'autre sont fondés sur l'idée de sacrifice de la vie et du droit naturel, fondée sur la méchanceté naturelle des hommes, qui ne peut être vaincue, selon l'Eglise que par la grâce divine, et selon l'Etat que par la loi... ». L'une et l'autre ont mission de « transformer l'homme en saint et en citoyen au prix de la mort naturelle de l'homme car sa condamnation est unanimement prononcée par la religion de l'Eglise et par celle de l'Etat ».
Enfin pour Kropotkine, «
L'Etat, c'est la triple-alliance, enfin constituée, du chef militaire, du juge romain et du prêtre ». Cela aboutit à un nivellement de la société entière dans une « même soumission au maître, détruisant tous liens entre les hommes, déclarant que seuls, Eglise et Etat ont mission de veiller aux intérêts tant économiques, juridiques, sociaux, culturels que privés, passionnels... » (Science moderne et anarchie).

5 – critique du contrat social
Dans la mesure où l'Etat est contesté dans son autorité aussi bien au plan moral, politique, qu'historique ou social, ces philosophes de l'anarchie ne peuvent lui accorder la moindre légitimité. C'est la raison pour laquelle on trouve chez eux une critique acerbe de Rousseau et de tous les théoriciens du droit naturel prétendant  fonder la légitimité de l'Etat moderne sur un pacte rationnel passé entre les citoyens et une autorité exécutive :
Proudhon affirme : «
Rousseau n'a rien compris au Contrat social... celui-ci c'est l'accord de l'homme avec l'homme, accord duquel doit résulter ce que nous appelons société ». On retrouve là le refus de toute conception hiérarchique, verticale, le « Pacte social » ne pouvant s'élaborer qu'horizontalement de manière antiautoritaire, basé sur l'échange, la justice « commutative » (mutualisme) et non la justice « distributive », avec son règne de lois au dessus des hommes : « la justice commutative, le règne des contrats, le règne économique...telles sont les synonymies de l'idée qui par son avènement doit abolir les vieux systèmes de justice distributive, de règne des lois...régime féodal, gouvernemental ou militaire... ».
Bakounine réfute lui aussi tous les arguments des théoriciens du droit naturel destinés à justifier un état d'esclavage perpétuel : «
C'est un contrat tacite...un contrat sans parole et par conséquent sans pensée et sans volonté...un non-sens et une supercherie car il suppose que, alors que je n'étais en état ni de vouloir, ni de penser, ni de parler, j'ai pu consentir à un éternel esclavage...les conséquences du Contrat social sont funestes parce qu'elles aboutissent à l'absolue domination de l'Etat...A l'inverse de la société, l'Etat n'est pas un produit de la Nature et dans l'histoire, il s'apparente bien plus à une création quasi divine, dominant la société, tendant à l'absorber complètement ». Il poursuit en affirmant : «  La société, c'est le mode naturel d'existence de la collectivité humaine indépendamment de tout contrat...elle se gouverne par les moeurs, habitudes, jamais par les lois...ce sont les initiatives individuelles et non la pensée du législateur qui l'a font progresser... ».
Kropotkine pour sa part fonde sa critique du droit naturel sur l'avancement des sciences de la nature. L'idée de Contrat social (même si elle a aidé à l'abolition de la Royauté) est fausse dans la mesure où elle continue de nier la primauté et antériorité de la société sur l'Etat qui n'est qu'un corps étranger par rapport à la société :
« l'Homme est un animal social de par sa nature même et l'idée de justifier l'autorité de l'Etat par l'hypothèse d'individus séparés qui aliéneraient leur liberté en faveur de la Loi ou du Prince est nécessairement erronée, car jamais l'humanité n'a été composée d'individus isolés, vivant à part les uns des autres ». Il poursuit en affirmant :  « les animaux vivent en société, et dans la lutte pour la vie, ce sont les espèces sociables qui l'emportent sur celles qui ne le sont pas...l'homme n'a pas crée la société, celle-ci est antérieure à l'homme ».

Michel Di Nocera
Libre Pensée du Cantal

Bibliographie :
Proudhon, Bakounine, Kropotkine – La révolution libertaire aux éditions de l'Epervier
Textes choisis et présentés par Philippe et Michaël Paraire
Là-haut, il n'y a rien – anthologie de l'incroyance et de la libre-pensée
sous la direction de Normand Baillargeon – Presses de l'Université Laval
La gloire des Athées – Anthologie
101 textes et antireligieux, de l'Antiquité à nos jours – édition les nuits rouges

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