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"De l'instruction publique à l'Education nationale"

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De l’Instruction publique à l’Education nationale


L’Ecole, vous le savez est, depuis longtemps, au cœur des enjeux cruciaux de l’histoire de la France. L’Eglise catholique romaine en a eu le monopole sous l’Ancien Régime : cela faisait partie de ses « œuvres », au même titre que "l’hospice", pour ne citer que ces deux « charités » qu’elle exerçait avec une efficacité plus que problématique et un rendement social nul pour le peuple.
Depuis l’adoption de la loi DEBRE en 1959, l’enseignement privé confessionnel n’a pas cessé de tenter de reprendre une place primordiale dans le système scolaire. Il n’a pas réussi, malgré l’aide puissante que l’Etat lui a consenti depuis cette date, à supplanter l’école publique édifiée par les lois organiques des années 1880.
Depuis l’obtention de l’autonomie des établissements et de leurs projets propres, dispositifs  installés par la loi JOSPIN en 1989, on assiste au retour en force des religions dans les programmes sous les vocables de « fait religieux » ; l’Eglise, les Eglises espèrent bien se réinsérer dans la sphère publique, sans s’opposer de front à la loi de 1905, mais en « imprégnant » de façon de plus en plus forte les contenus de l'enseignement qui, comme vous le savez, doivent être identiques tant dans le système subventionné que dans le système de l’école publique. (Quelques exemples enseignement de l'histoire, des sciences etc...)
La grande misère des municipalités rurales, misère programmée par l’Etat qui se désengage et ne cesse de barrer aux municipalités l’accès à des ressources propres (taxe professionnelle) tout en les accablant de charges nouvelles (loi Carle), la grande misère des municipalités rurales sert de prétexte commode à ces situations.
HEGEL disait : «
Pour comprendre un phénomène, il faut savoir d’où il vient » c’est une méthode que nous tentons d’appliquer modestement.
Un peu d’histoire.
En France, l’histoire de l’Ecole pour le peuple commence avec la Révolution de 1789. Condorcet en est certainement le penseur le plus éminent, il a conçu le système d’instruction démocratique le plus élaboré. Déjà, le principe de laïcité (même si le mot n’est pas employé) est au cœur de ce projet nourri par les « Lumières » « La puissance publique ne peut, même sur aucun objet, avoir le droit de faire enseigner des opinions comme des vérités, elle ne doit imposer aucune croyance … ». D’autres projets seront portés par d’autres figures de la Révolution (LAKANAL en particulier).
NAPOLEON emploiera une manière bien à lui pour promouvoir un enseignement secondaire à sa botte en utilisant les religions (1808, « Toutes les écoles de l’Université impériale prendront pour base de leur enseignement les préceptes de la religion catholique ». Louis de FONTANES, qui deviendra premier Grand maître de l’Université dira à l’empereur : « Au lendemain d’une révolution, au sortir de l’anarchie, et en présence de partis hostiles, il faut dans l’enseignement comme en toutes choses l’unité de vue et de gouvernement. La France a besoin, pour un temps du moins, d’une seule Université et l’Université d’un seul chef. »
La Restauration rouvrira les portes aux cohortes de Jésuites et de missionnaires de toute  sorte. Circulaire aux recteurs 1814 : « Il n’est qu’un sûr moyen de régler les sentiments et les mœurs, c’est de les mettre sous l’empire de la religion. Il ne suffit pas que la religion soit partie de l’enseignement, elle doit être l’âme de toute éducation. » Devant la situation du peuple trop misérable, la concurrence anglaise trop prégnante, GUIZOT instaure les premiers éléments d’ébauche d’une « instruction pour le peuple ».
Après 1848, ce que CARNOT avait pu élaborer sera relégué dans les tiroirs par la loi FALLOUX qui va permettre à « l’Eglise catholique » d’exercer une tutelle totalitaire sur l'éducation.
La Commune de PARIS, malgré la répression versaillaise, va réussir à arrimer l’idéal républicain au cœur du peuple et plus encore au cœur de la nation. Désormais, les représentants les plus dynamiques de la bourgeoisie française seront républicains. L’Ecole de Jules FERRY va pouvoir naître au milieu des nombreuses crises qui marqueront l’histoire de la IIIème République.
En 1903 Ferdinand BUISSON déclarait au congrès du parti radical : « Citoyens, je vous en prie, réfléchissez-y : est-ce qu’on apprend à penser comme on apprend à croire ? Croire c’est ce qu’il y a de plus facile, et penser, ce qu’il y a de plus difficile au monde. Pour arriver à juger soi-même d’après la raison, il faut un long et minutieux apprentissage ; cela demande des années, cela suppose un exercice méthodique et prolongé. »
Après le vote de la Loi de 1905, séparant les Eglises de l’Etat, les remises en causes de cette loi sont légion, par exemple :
1919, Loi ASTIER : l’enseignement technique privé est autorisé à percevoir des fonds publics.
1921, le gouvernement dit d’ »Union nationale » laisse enseigner les congrégations et n’applique pas les lois laïques à l’Alsace-Moselle.
1940 : abrogation de la loi de 1904 interdisant l’enseignement aux congrégations.
1940 : suppression des Ecoles normales.
1951 : Lois MARIE et BARANGE permettant l’octroi de bourses nationales aux élèves du privé.
1958 : Constitution de la Vème République : « La FRANCE est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale … Elle respecte toutes les croyances. »
1959 Loi DEBRE : article 1« Suivant les principes définis par la Constitution, l’Etat assure aux enfants et adolescents dans les établissements publics d’enseignement la possibilité de recevoir un enseignement conforme à leurs aptitudes dans un égal respect de toutes les croyances. » Article 3 « Les établissements d’enseignement privé peuvent demander à être intégrés dans l’enseignement public ». Article 4 : « Les établissements d’enseignement privé du premier degré, du second degré et techniques peuvent… demander à passer avec l’Etat un contrat d’association à l’enseignement public. »
Aux origines de la loi DEBRE
Cinquante ans après le vote de la loi DEBRE, il apparaît utile de reparcourir ces décennies pour montrer quelles ont été les véritables politiques scolaires des gouvernements successifs. Répondre à la question du « pourquoi cette entreprise de démolition ?» nécessite de clarifier les relations entre les objectifs du capital et leurs conséquences sur l’Ecole à savoir la nécessité de s’attaquer à la qualification du travail salarié pour abaisser la valeur de la force de travail en vue de maintenir le profit et, si possible de l’augmenter.
Le coup d’Etat du général De GAULLE en 1958 a abouti à l’instauration d’un pouvoir de type « bonapartiste » qui lui a permis de prendre les mesures nécessaires au maintien de la domination de la bourgeoisie dans une situation de crise du capitalisme français qui était alors confronté à une accentuation de la concurrence sur les marchés extérieurs. Cette situation s’est aggravée par la perte des "marchés protégés", due à la décolonisation qui commence avec l’INDOCHINE en 1954 et qui s’achève en 1962 avec l’indépendance de l’ALGERIE.
C’est dans ce contexte que le régime gaulliste va mettre en œuvre une réorganisation de l’appareil d’Etat en resserrant les liens avec le capital financier et l’Eglise catholique.
Va alors s’ouvrir une période de révision radicale de la législation scolaire issue de la troisième République que l’on peut qualifier de contre-révolution scolaire puisqu’elle va se traduire par une tentative de planifier une décroissance des effectifs d’élèves et par une politique favorisant l’enseignement privé catholique avec la loi DEBRE de 1959.
Jacques NARBONNE conseiller à l’Education en 1958, parlant du Général, écrit dans ses Mémoires : « La réforme de l’enseignement fut un des volets du redressement de la France dès son retour au pouvoir en 1958 ». « L’aide à l’enseignement privé ne donna pas lieu à de grands travaux : ce fut essentiellement l’affaire du Premier ministre et de son directeur de cabinet. »
Le même disait en 1959 : « La réforme de l’enseignement va, dans un proche avenir, entrer en application. Sa réalisation, les effets bienfaisants qu’on peut en espérer, dépendent, dans une large mesure, de la coopération des syndicats ».
Tous les gouvernements de la Cinquième république, de gauche comme de droite sans exception vont tenter d’intégrer les syndicats et favoriser l’enseignement privé confessionnel, au détriment de l’Ecole publique.
Dans son ouvrage : « la France et ses relations avec le St Siège », Sébastien GUE écrit : « Le général De GAULLE avec le gouvernement de Michel DEBRE sont amenés à éliminer quelques pierres d’achoppement avec le St Siège, héritées de la Quatrième République, comme la question des rapports entre l’Etat et l’école privée. En 1959, le ST Siège est particulièrement préoccupé par le risque de fermeture de nombreux établissements privés- majoritairement catholiques- qui ne reçoivent pas d’aide de l’Etat, faute d’accord politique sous la IVème République. Lors de son entretien avec le pape en juin 1959, le général De GAULLE rappelle le caractère délicat de la question qui réveille la vieille querelle : « L’école privée doit elle subvenir à ses propres besoins ou peut-elle recevoir de l’Etat des subventions en échange des services qu’elle rend à la communauté nationale ? » d’où la nécessité d’agir avec prudence et en favorisant la conciliation, ce dont convient le pape ».
Le patronat, avec le CNPF (Conseil National du Patronat Français) entreprend, dès 1955 de reconquérir une influence sur les orientations scolaires qui lui avaient quelque peu échappé à la Libération. En présence de Jean BERTHOIN, ministre de l’Education nationale, lors des journées d’étude de juin 1955 à la Sorbonne, Georges VILLIERS, président du CNPF déclarait :
« La suppression du baccalauréat, son remplacement par un certificat de fin d’études et la généralisation des examens d’entrée pour l’enseignement supérieur viennent d’être mis à l’ordre du jour. Ce projet présenterait le gros intérêt de supprimer la mystique du diplôme qui constitue en fait actuellement le pôle d’attraction de tout l’enseignement secondaire. »
Au cours de ces mêmes journées, le président des chambres de commerce de l’Union française et parlant du Recteur d’Université SARRAILH : « Apôtre de la réforme nécessaire de l’enseignement, il a rappelé… les possibilités offertes par les professions techniques et les métiers manuels face au nombre abusif des étudiants de nos facultés dont on peut craindre qu’ils ne soient, quelque jour, des avocats sans cause et des médecins sans clientèle… »
La loi est votée le 23 décembre 1959 après de longs et difficiles débats- qui entraînent notamment la démission du ministre de l’Education nationale (André BOULLOCHE) opposé à la version finale du texte.
La loi DEBRE avait pour objectifs de sauver financièrement un enseignement privé qui avait perdu beaucoup d’influence depuis les largesses de VICHY. En même temps, cette loi donnait le coup d’envoi de la « décroissance scolaire » qui accompagnera toutes les politiques menées sous la Vème république contre l’école publique. C’est à l’occasion de l’application de cette loi qu’on va supprimer une des conquêtes de la démocratie : le principe « une école publique dans chaque commune » ce qui va affaiblir à la fois les communes et l’Ecole. La loi DEBRE va imposer un nouveau principe celui du « besoin scolaire reconnu » pour imposer aux municipalités de signer des « contrats d’association ».
De la loi DEBRE à la loi JOSPIN
En 1965 Michel VERMOT-GAUCHY écrivait : « le planificateur doit créer les conditions permettant aux élèves d’abandonner leurs études sans regrets. Il faut pour cela, d’une part aménager aux différents niveaux du système éducatif les transitions nécessaires entre l’école et la vie professionnelle, d’autre part assurer la continuité de la formation, celle de l’adulte prolongeant celle de l’enfant ». Il ajoutait plus loin : « Tout glissement des effectifs de l’école vers les professions, dans la mesure où la formation n’en est plus affectée, allège l’amortissement des charges d’éducation, accroit le potentiel de travail, stimule la croissance ».
En 1970, les Assises du CNPF dénonçaient la pléthore des diplômés et l’encyclopédisme dans la transmission des connaissances. En 1973, dans un colloque, Jacques DELORS dénonçait « l’encombrement des connaissances ». Il fut entendu puisque la principale proposition fut de réduire les programmes du collège aux « notions de base », c’est-à-dire le « smic culturel » de René HABY, devenu aujourd’hui le « socle commun des connaissances. »
Au cours des années 1970, la critique des institutions est dans l'air du temps et celle de l'école républicaine reprend de plus belle. Certains vont aller jusqu'à prôner la destruction même de cette école, voire, pour Ivan ILLICH en 1971, de toute école:
la nouvelle Eglise mondiale, c'est l'industrie de la connaissance; elle offre à ses employés ses rangées d'établis, en même temps qu'elle les pourvoit en opium et, loin de les renvoyer, entend les garder le plus longtemps possible. Tout mouvement de libération de l'homme ne pourrait plus passer maintenant que par une déscolarisation... la déscolarisation est notre responsabilité personnelle, et il revient à chacun de nous de trouver en lui la force nécessaire. Il faut comprendre que si nous ne nous libérons pas de l'éducation scolaire, cela est sans excuse." (Une société sans école).
ILLICH considérait que l'école produit une culture de la soumission à l'autorité, développe le besoin d'être enseignés par d'autres, rend l'élève consommateur passif. Il faut y opposer l'auto-apprentissage. L'école devait donc devenir informelle. (Ces propositions sont pour une part reprises dans le programme "formation tout au long de la vie" de l'union européenne. en 2003 les thèses d'ILLICH qui est présenté comme "l'un des penseurs les plus importants du XXème siècle" sont à nouveau largement diffusées. pourtant, la pensée de l'ecclésiastique qu'il est est aussi simple que réactionnaire: l'école aliène, la médecine rend malade, l'automobile empêche de circuler, etc...
en 1984, Jean Claude MILNER écrivait: "Depuis 1945, tous les thèmes de toutes les réformes de tous les niveaux d'enseignement sont d'origine chrétienne."..."avançons même cette proposition paradoxale: le lieu où les thèmes chrétiens démocrates sont le moins répandus, c'est justement l'école catholique; le lieu où ils sont le plus puissants, c'est l'école publique....
De même que le SNI est l'expression publique de la corporation, de même la force chrétienne démocrate dispose d'un syndicat: le SGEN. Celui-ci est numériquement peu puissant, il est vrai, mais il bénéficie de l'hégémonie idéologique des chrétiens. Parmi ses revendications caractéristique: l'alourdissement général des services; la suppression du temps autonome et l'obligation de présence constante des enseignants dans les établissements, l'alignement du professeur au Collège de France sur l'instituteur de maternelle; l'abolition de toute différenciation due au savoir ou à la recherche En bref, le SGEN est une rareté: un syndicat d'enseignants qui réclame systématiquement l'abaissement matériel et moral de tous les enseignants".


en 1984, Jacques DELORS encore lui disait dans un autre colloque : « Les jeunes sans emploi retrouvent avec le temps disponible, lorsqu’ils ne sont pas écrasés par le manque de moyens matériels, une réappropriation d’eux-mêmes. Ils s’aperçoivent qu’on peut vivre avec beaucoup moins d’argent que dans cette société sophistiquée. C’est vrai, de nouveaux modèles sont en train de naître, mais ils sont encore minoritaires ».
Jacques DELORS a été le maître d’œuvre de cette politique de déqualification de la jeunesse et d’attaque contre les diplômes, depuis les accords de 1969-1970 et la loi sur la formation permanente de 1971 dont il est l’auteur et dont Yvon CHOTARD, lui-même patron démocrate chrétien saluait en 1974 comme étant bien  une politique des entreprises.
La logique de la loi DEBRE étant ancrée dans l’école publique. Le projet SAVARY de 1984 ayant été enterré, du moins provisoirement, il fallut se remettre à l’ouvrage. JOSPIN dira : « Ce projet… avait finalement attisé dans l’opinion les passions qu’il avait pour objet d’éteindre (…), j’avais alors suggéré une démarche moins ambitieuse, laïque dans sa philosophie, mais pragmatique dans son développement ».
Le pragmatisme de la loi d’orientation du 10 juillet 1989 aboutira à ce que les revendications exprimées par l’enseignement catholique en 1977 soient presque toutes satisfaites et que l'enseignement public soit lui-même, en voie de privatisation. Avec la caution scientifique de nombreux experts dont Jean ANDRIEU  et Pierre BOURDIEU, la loi JOSPIN constitue en effet un pas décisif vers la privatisation de l’école publique en instaurant les projets d’établissement, c’est-à-dire le caractère propre qui est la logique des écoles confessionnelles.
Ajoutons à cela que la loi JOSPIN a supprimé les Ecoles Normales, remplacées par les IUFM avec les résultats que l’on connaît en terme de qualité de la formation professionnelle  et qu’elle a autorisé toutes les dérèglementations par la généralisation des projets éducatifs qui permettent:
de s’émanciper des programmes nationaux,
d’introduire l’enseignement des religions
et de s’attaquer au statut de fonctionnaire d’Etat en mettant les établissements sous la dépendance des collectivités territoriales et des élus politiques.
La gauche au pouvoir s’est coulée dans les institutions de la Vème République. René HABY, à l’Assemblée nationale, avait félicité Alain SAVARY de ne pas avoir abrogé les lois DEBRE et GUERMEUR alors que la majorité laïque de ce pays attendait le retour du principe républicain : « A Ecole publique, fonds publics, à Ecole privée, fonds privés. »
Comment comprendre que des syndicats d’enseignants, des associations de parents d’élèves et autres aient signé cet appel dit de BOBIGNY dont l’une des premières phrases est celle-ci : « Le XXIème siècle sera celui de la combinaison de l’éducation formelle, informelle et non formelle, celui du développement des connaissances, des informations disponibles et des moyens de communication. »
C’est le programme de l’Union européenne de formation tout au long de la vie qui implique que dorénavant l’école ne soit que l’une des institutions responsables de l’éducation. Remarquons qu’il n’est jamais question d’instruction dans ces textes, Condorcet au secours !

Pourquoi "tout ça":
Est-ce- qu'il n'y aurait pas un lien entre tout ça et le fait que tous les clignotants du développement humain soient au rouge. N'y aurait-il pas un lien entre "tout ça" et la crise du système capitaliste, pour que les frais induits par la formation intellectuelle de la masse de la population soient réduits le plus possible ?
Certes, la lutte des classes a pu contrecarrer cette tendance de la société actuelle; certes, elle a pu arracher au cours de l'histoire du XIX et  du XX siècles des conquêtes importantes dans le domaine scolaire, des conquêtes reliées à toutes les autres conquêtes sociales que la classe dominante a dû concéder au peuple par peur de tout perdre.
il est important de pointer en permanence le rôle de l'Union européenne et de ses directives destructrices. Dire cela, c'est indiquer que la France n'est pas le seul pays à en subir les effets Evidemment, comme il y a une grande diversité des situations d'un pays d'Europe à l'autre, les mesures de Bruxelles -qui d'ailleurs à leur tour sont la traduction des directives du FMI et de la Banque Mondiale- ont des impacts différents. dans un pays comme l'Espagne, la place accrue accordée par Bruxelles à la religion, y compris dans l'école publique, renforce le poids de l'église romaine. on ferait des remarques identiques pour l'Italie, l'Irlande, la Pologne etc... L'Allemagne ajuste son système aux mêmes impératifs européens, elle a déjà commencé à vider les programmes de certains contenus disciplinaires. En Angleterre les directeurs d'école ont le droit de licencier les enseignants jugés insuffisamment "performants...Les coups portés le sont partout et ils sont d'autant plus sensibles dans les pays où la laïcité est inscrite dans les institutions, comme en France, mais aucun n'échappe au rouleau compresseur de l'Union européenne.
lors de son congrès de 2006, la Libre pensée avait lancé un appel au citoyens sous le titre: "L'instruction publique est gravement menacée" elle réclamait le retour à la laïcité en rejetant les religions hors de l'Ecole elle réclamait aussi le retour à l'instruction, "on éduque en instruisant mais on n'instruit pas en éduquant".

En décembre 2009, le journal La Croix titrait : « Cinquante ans après la loi Debré, la guerre scolaire s’est apaisée. » De nouveaux sondages, savamment concoctés, mettaient en avant l’essentiel du point de vue de l’épiscopat français : l’enseignement catholique vivant essentiellement de fonds publics et n’ayant pas réellement progressé en terme de parts de marché, la politique de « réduction des déficits publics » risque de lui être opposée, c’est pourquoi, après avoir tiré un bilan positif du chemin parcouru depuis 1959, le journaliste poursuivait : « Les établissements privés ont montré qu’ils étaient davantage capables de mener des expériences pédagogiques innovantes, de proposer des projets, d’avoir des modes de management plus efficaces. » Il poursuivait : « Les responsables diocésains sont conscients de ces problèmes, mais les chefs d’établissement sont souvent hostiles à toute mesure qui les empêcheraient de choisir leurs élèves. Dans le cadre de l’assouplissement de la carte scolaire annoncé pour 2010, on pourrait imaginer qu’on ait des « bassins scolaires » où il y ait des échanges public-privé sur certaines questions notamment la répartition des élèves. »
« L’école, c’est le lieu où l’on apprend ce que l’on ignore pour pouvoir, le moment venu, se passer de maître. » (Jacques MUGLIONI)
Que font nos voisins, l’exemple de la FINLANDE :
D’après plusieurs enquêtes, le système scolaire finlandais est un des meilleurs, sinon le meilleur du monde. Dans ce pays, les écoles privées ont été supprimées, l’accent est mis depuis longtemps sur la sélection d’enseignants hautement qualifiés, les établissements sont autonomes et la priorité est donnée aux élèves en difficulté.
Une des clés du progrès continu du système finlandais, depuis la grande réforme entreprise au début des années 1970 c’est l’attention qui est accordée à la formation des professeurs. Pasi SAHLBERG, enseignant explique que le pendant à ce haut niveau de qualification (master) est l’autonomie accrue dont jouissent les établissements et le personnel avec moins de contrôle central, moins d’inspection, moins de règlementation et de décrets ministériels. Les enseignants sont formés à concevoir eux-mêmes leurs programmes, à évaluer les progrès des élèves et à utiliser leur expérience pour perfectionner leur pédagogie.
Une grande importance est accordée à l’équité avec des parcours sans redoublement, un effort particulier de prise en charge des élèves en difficulté et une formation adéquate des enseignants sur ce point.
Qu’est-ce qu’un bon système éducatif ? C’est un dispositif qui devrait remplir trois conditions :
Il doit présenter un taux de scolarisation élevé, mais aussi une forte proportion de diplômés à tous les niveaux, y compris dans les formations pour adultes, c’est une des meilleures façons de vérifier s’il bénéficie à tous et pas seulement aux bons élèves.
L’apprentissage doit concerner tous les domaines culturels, et ne pas seulement se cantonner à la lecture, aux mathématiques et aux sciences. Les bons systèmes sont ceux qui offrent à tous l’occasion d’étudier les arts, la musique, le théâtre et l’éducation physique, à part égale avec les disciplines dites académiques ou classiques ;
Le milieu socioculturel des élèves doit être faiblement corrélé à leurs performances scolaires. Autrement dit, les bons dispositifs sont plus équitables que les autres et accompagnent tous les enfants dans leur apprentissage.
L’école finlandaise est organisée autour d’un tronc commun obligatoire de longue durée –l’école primaire- qui compte nef années d’études gratuites de 7 à 16 ans, sans filières, sans différenciation de niveau. Les enfants de tous les milieux socioéconomiques vont dans les mêmes écoles puisque les écoles priées ont été supprimées. Les écoles offrent une prise en charge sociale complète des enfants de la cantine gratuite aux services de santé en passant par des dispositifs d’aide psychosociale et de soutien aux élèves dits « à besoins éducatifs spéciaux ». C’est après la crise financière de 1990 qu’en contre partie de mesures d’économie, l’administration a été décentralisée, l’inspection générale fermée, que la responsabilité des programmes a été transférée aux écoles et que la formation des directeurs et enseignants a été renforcée.



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