février 2016 - lp15

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février 2016

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La libre pensée et les femmes,
les femmes et la libre pensée
(extraits)

(...)Dans le « Dictionnaire Anarchiste » ou « LE MAITRON » (« Le Maitron » est le nom générique d'un ensemble de dictionna, les femmes militantes apparaissent comme « Francs-Maçonnes »« socialistes »,« anarchistes », « féministes », « pacifistes ». Elles n'apparaissent pas comme « Libres Penseuses » ou sont oubliées.

Rappelons, par contre, que Victor HUGO a écrit que «  l'histoire de l'Humanité s 'écrit à l'envers de l'histoire du Parti clérical. L'Histoire de l'Humanité s'écrit aux pieds des femmes »  
André LORULOT s'exprime ainsi lors d'un congrès en 1955 : « C'est la gloire de la Libre Pensée d'avoir été à l'avant-garde du mouvement féministe ».

Des femmes de Pensée libre aux femmes de la Libre Pensée, c'est un même parcours, un même chemin vers l'émancipation : ne plus se soumettre aux dogmes, aux interdits, exercer son esprit critique, combattre toutes les tyrannies  .

Dans l'Antiquité, les femmes n'ont en général ni statut ni rang élevé. Toutefois, on peut retenir le nom d' ASPASIE DE MILET (- 470/-400 de notre ère) qui, au le siècle de PÉRICLÈS recevait SOCRATE et ses disciples ainsi que le philosophe ANAXAGORE qui enseignait «  l'un des plus anciens systèmes du monde, hors de toute considération divine »
HYPATIE D'ALEXANDRIE (370(?) / 415 de notre ère) est une autre figure féminine de la Pensée libre : Philosophe, mathématicienne,astronome, elle s'écarte des modèles géocentriques d'Aristote et enseigne l'héliocentrisme.
Elle est respectée et reconnue par ses disciples parmi les quels il y a des chrétiens.
Cette savante, proche du préfet ORESTE, va être considérée comme une ennemie du christianisme, par l'Évêque CYRILLE. Il redoute  cette femme éclairée et ordonne son assassinat. HYPATIE sera massacrée par les « hommes de main » de CYRILLE, qui sont des chrétiens ignorants.

Bien plus tard, au 18ème  siècle, Émilie de BRETEUIL (1700-1749) n'accepte ni dogmes ni préjugés. Elle fréquente les plus grands esprits philosophiques et scientifiques.
Elle va rédiger un véritable réquisitoire contre la Bible.

C'est Flora TRISTAN (1803-1844) qui fait, me semble-t-il, la jonction entre  la Pensée libre et la Libre Pensée.
C'est à cette époque que la Code Napoléon (1804), dans le droit fil de l'Église, fait de la femme une « mineure civile » en affirmant son incapacité juridique.
Elle est féministe, anticléricale et internationaliste : elle milite, entre autres, pour le droit au divorce, l'abolition de la peine de mort, pour l'émancipation sociale.
Dès 1835, elle déclare nécessaire de faire « bon accueil aux femmes étrangères ».

Dès 1847,apparaissent les premiers cercles de Libres Penseurs  et en 1848, la Société Démocratique des libres Penseurs est créée, présidé par Jules SIMON. Une femme,  Marie DERAISMES ( 1828-1894) en est une des pionnières.
Elle se bat aux côtés d'hommes pour l'égalité juridique des femmes et des hommes, pour parvenir à l'égalité politique et au droit de vote des femmes .
Elle fonde en 1869 avec Léon RICHER la « Société pour l'émancipation du sort de la femme et la revendication de ses droits ».
Durant la Commune de Paris, (mars-mai 1871) Louise MICHEL( 1830-1905) est une figure féminine incontournable : elle s'exprime ainsi «  Votre Bon Dieu est vraiment de côté des Versaillais ».
Louise MICHEL prend part en 1869 à l'organisation de l'anti-Concile de NAPLES aux côtés d'Henri VERLET, membre de la 1ère Internationale et libre penseur et de Paule MINK, libre penseuse.

Il en est de même pour SÉVERINE( Caroline REMY ,1855-1929) qui dit : « Être libre penseur, c'est vouloir l'indépendance des autres aussi bien que la sienne propre » et déclare vouloir servir le socialisme et la démocratie.
Les positions et combats de ces deux femmes, L. MICHEL et SÉVERINE, résonnent dans les paroles que Ferdinand BUISSON qui, au Congrès International de ROME en 1904 disait :
         « La Libre Pensée n'est rien si elle ne vise pas une action sociale ».

N'est-ce pas la même volonté d'émancipation de la femme que nous retrouvons chez Léonie ROUZADE (1840-1916) ouvrière, socialiste, anticléricale qui va fonder en 1880 « l'Union des femmes socialistes de PARIS »
Elle s'exprime ainsi : «Quand la femme aura abandonné le clergé, elle pourra alors participer à la grande œuvre de la civilisation ».
En 1895, elle précise : «Le devoir de la femme est de devenir Républicaine et Libre Penseuse. »

On peut citer aussi Julie PASQUIER (qui fut un des piliers des Congrès Internationaux de la Libre Pensée de 1880 à 1905.

1880 est une date importante car c'est l'année de la fondation de l'Internationale des Libres Penseurs qui tient son premier congrès la même année.
Lors du congrès de fondation  Annie BESANT, libre penseuse anglo-saxonne est élue vice-Présidente de cette Internationale.

Maria VÉRONE y participe aux côtés de Julie PASQUIER. Louis COUTURIER précise au sujet de Maria VÉRONE que « c'est à partir de l-la Libre Pensée qu'elle s'engage dans le parti socialiste, la Ligue de droits de L'Homme, la lutte pour les droits de enfants et des femmes et pour l'émancipation des classes laborieuses »
Adhérente à la S.F.I.O., elle participe à de nombreux congrès socialistes et, plus tard, en 1913 sera la fondatrice du « Groupe des Femmes Socialistes » et, lors du meeting pacifiste du Pré-Saint-Gervais, le 25 mai 1913, elle y prend la parole avec Jean JAURÈS.

La Fédération Française de la Libre Pensée est fondée en 1890  regroupant les différents groupes de la Libre Pensée.
Entre-temps, les congrès de l'Internationale de la Libre Pensée débattront des droits des femmes. Au 6ème congrès de 1889, de nombreux rapports y furent émis concernant les droits des femmes, en faveur de l'égalité civile et politique des deux sexes.
Ainsi qu'aux congrès de 1900 à PARIS et de 1902 à Genève. Lors de ce congrès la question féminine a pris une place importante.
La discussion aboutit à la formation d'un « Comité Permanent International pour l'émancipation des femmes » ,composé d'hommes et de femmes dont Ida ALTMANN, Maria POGON, Belén de SARRAGA...)

Maria VERONE participe au Congrès Mondial de la Libre Pensée de 1905 à PARIS.
Lors de ce Congrès, la Fédération française de la Libre Pensée devient la Fédération Nationale de la Libre Pensée.

Belén de SARRAGA, qui a créé une Association féministe espagnole et qui fut au congrès de Rome parmi les trois cents membres  de la délégation espagnole aux côtés de Francisco FERRER, « fait en 1905 un rapport remarquable proposant un plan d'organisation  de la propagande libre penseuse aux plans international et national ».
Après 1906, elle s'installe en ARGENTINE et va tenir des conférences dans les autres pays d'Amérique latine sur le féminisme , la Libre Pensée et l'anticléricalisme  et va jusqu'en 1930 militer dans toute l'Amérique du sud, s'attirant la haine de l'Église catholique.

La Libre Pensée est une des composantes des luttes des femmes et de leur émancipation.
Toutes ces femmes ont été reconnues et ont eu des responsabilités importantes au sein de la Libre Pensée.

Pour certaines de ces femmes, ce fut l'emprisonnement, et/ou l'exil  pour avoir défendu leurs idées  ( Louise MICHEL, Paule MINK, entre autres)
Ces femmes ont combattu pour la liberté absolue de conscience.

Je me dois de citer Madeleine PELLETIER ( 1874-1939) qui, après avoir conquis par sa persévérance et son intelligence son baccalauréat et ses diplômes supérieurs, sera la première femme interne en psychiatrie en 1903.
Elle milite en faveur de l'avortement, écrit des articles sur la prostitution, le sexe et la morale, la maternité, le droit au travail des femmes...

Jusqu'à la fin des années 1960, la France vit sous le régime de la loi de 1920 : contraception et avortement sont illégaux, cette loi va être aggravée  à travers « le Code de la famille » en 1939 et sous le régime de PETAIN. La loi du 15 février 1942 considère l'avortement comme crime contre la sûreté de l'État.Le Conseil de l'ordre des médecins est créé pour appliquer la répression de l'avortement.

Les conquêtes sociales de 1945 ( Sécurité Sociale, Caisse d'Allocations Familiales...) vont mettre un terme à cette situation : considérant que l'absence de contraception est dangereuse pour la santé, pour le bonheur tout simplement des femmes et des hommes, les Francs-Maçons, la ligue des Droits de l'Homme, l'union rationaliste ,les Libres Penseurs ...vont se mobiliser.

L'Association « La maternité heureuse » créée par le Docteur Marie-Andrée LAGROUA WEILL-HALLÉ va devenir le Mouvement français pour le planning familial en 1960.
C'est en 1961 que le Docteur FABRE, Libre Penseur, va ouvrir le premier centre de Planning familial à Grenoble en 1961.
C'est au Congrès national de la Libre Pensée de 1964 que Henri FABRE va faire un rapport, sur le planning qui sera diffusé sous forme de brochure : « La position de l'Église face au planning familial»

La Libre Pensée a émis un communiqué en décembre 2015 en défense du planning familial.
« La Fédération Nationale  de la Libre Pensée s’inquiète des menaces qui pèsent sur l’existence et l’activité du Planning familial
La contraception et l’IVG sont des conquêtes démocratiques, arrachée par des décennies de lutte, notamment des femmes, mais pas seulement. Il faut défendre bec et ongles ces acquis démocratiques et sociaux.
La Fédération Nationale de la Libre Pensée assure le Mouvement Français du Planning Familial (MFPF) de sa totale solidarité et se déclare prête à toute action unitaire pour la défense réelle du droit à la contraception et à l’Interruption Volontaire de Grossesse.”

Je souligne cette phrase :« la contraception et l'IVG sont des conquêtes démocratiques, arrachées par des décennies de lutte, notamment des femmes, mais pas seulement »
Ainsi, lors du dernier congrès National de la FNLP, en août 2015, à CREIL, les problèmes communs aux femmes et aux hommes concernant la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et la Gestation Pour Autrui (GPA) ont été discutés  et « c'est un texte fouillé, argumenté, intensément réfléchi sur le plan juridique qui en a résulté ... »

Ainsi, dans la continuité des combats de ces femmes dans et avec la Libre Pensée évoquées précédemment, les libres Penseurs et Libres Penseuses, réunis en congrès en 2015, « ont démontré et leur capacité de résister à la pression cléricale et leur conscience des conséquences sociales possibles d'un changement législatif souhaitable »(Jean-Sébastien PIERRE, Président de la FNLP) pour l'émancipation des femmes et des hommes.


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