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Pacifisme > Gentioux 2015
 
Discours pour le 11 novembre 2015
 
 
« La liberté commence où l’ignorance finit »
 
Victor Hugo – Poème Océan dans La Légende des siècles
 
 
Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,
 
 
Je vous apporte ici le salut fraternel de la Fédération nationale de la Libre Pensée et de la Fédération nationale laïque des monuments pacifistes.
 
 
Il y a 101 ans commençait la plus effroyable des guerres qui allait dévaster le monde, le continent européen et les peuples. Le bilan  est celui d’une barbarie jamais égalée à l’époque et qui sera amplifiée dans les guerres suivantes.
 
 
Il y eut 70 millions d’hommes mobilisés sous l’uniforme, 10 millions de soldats tués, 9 millions de civils assassinés. Un soldat sur 10 a connu l’emprisonnement dans les camps pendant la guerre. En France, ce sont 1 400 000 de soldats tués, 300 000 civils assassinés et 4 300 000 soldats blessés. La saignée fut telle que la France a perdu un quart de ses hommes de 18 à 24 ans.
 
 
La guerre ravageait tous les pays. Par exemple, il y eut entre 2,5 et 5 millions d’Ottomans tués, soit de 20 à 40% de la population de l’Empire. Avant 1914, les Arméniens représentaient 20% de la population anatolienne. Après 1915, ils n’étaient plus que 2%.
 
 
Il y a 101 ans, les économies et les pays furent ruinés dans cette gigantesque barbarie. Les dépenses de guerre représentaient, durant le conflit, un quart des budgets des Etats en conflit. Le paradoxe, mais en est-ce un véritablement ?,  est que cette guerre fut d’abord européenne et déboucha sur la ruine de l’Europe. Deux géants allaient naître de ce conflit : les États-Unis et la Russie soviétique.
 
 
Les Etats-Unis d’Amérique furent les véritables gagnants de ce conflit. Avant-guerre, ils étaient classés économiquement derrière le Portugal et militairement, ils furent battus par Pancho Villa dans le conflit avec le Mexique. Après la Première Guerre mondiale, ils commençaient à dominer le monde et à imposer leurs intérêts sur tous les continents. Le capitalisme portait en lui la guerre comme la nuée porte l’orage.
 
 
Mais de cette guerre abominable allait aussi naître le mouvement des peuples qui, des décennies plus tard, mettrait en branle l’indépendance de l’Afrique du Nord, de l’Afrique noire et de l’Asie. Les troupes dites coloniales, soit 600 000 hommes, avaient pu mesurer les faiblesses des armées impérialistes. Les colonisés engageaient un mouvement où ils allaient surmonter leur peur pour gagner leur liberté.
 
 
Il y a 101 ans, durant tout le conflit, des centaines de milliers de chinois, d’indochinois, de marocains, de tunisiens, d’algériens et de malgaches furent littéralement déportés de leurs pays d’origine pour travailler dans les usines à l’arrière du front. Ils avaient interdiction de se mélanger aux autres travailleurs, car le Service des travailleurs coloniaux au Ministère de la guerre craignait, je cite textuellement : « qu’ils ne prennent goût aux boissons fortes et aux femmes blanches et ne découvrent les grèves et les syndicats ». Pas de chance ! C’est ce qui arriva précisément.
 
 
Dans le déclenchement du conflit les torts furent largement partagés entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie d’un côté et la Triple Alliance (France, Grande –Bretagne, Russie) de l’autre. Chacune des puissances voulaient gagner des parts de marchés et accroitre sa domination coloniale sur les peuples opprimés. On croyait mourir pour la Patrie, on mourait pour les industriels.
 
 
La responsabilité des généraux, quelques fut leur uniforme,  ne fut pas moindre. Ils voulurent et obtinrent leur guerre. Le plan allemand Schlieffen valait bien dans ses intentions le plan français XVII. D’ailleurs, le plan Schlieffen fut appliqué intégralement en 1940 par les troupes nazies d’Hitler. Mais tous les généraux ne se valaient pas. La guerre fut le triomphe du défensisme contre la théorie imbécile et aventureuse de l’offensive à tous crins de Joffre.
 
 
La guerre fut aussi l’occasion d’une formidable campagne de propagande, véritable banc d’essai de ce que l’on connait aujourd’hui. Les bobards de guerre ont préparé la voie aux bobards médiatico-politique de la pensée unique. Les flots d’encre ont toujours précédés les flots de sang.
 
 
Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,
 
 
Le sang appelle toujours le sang. Il fallait d’abord une victime expiatoire, il fallait aux barbares terrasser d’abord l’homme qui se dressait pour empêcher la boucherie. Il leur fallait assassiner le grand Jaurès. « Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? » On ne cesse de poser cette question, tellement elle est décisive.
 
 
Voici ce que répondait Georges Clémenceau : « Je ne songe jamais sans un frisson à la première, toute première cause de la victoire. Elle porte un nom dramatique !... Le meurtre de Jaurès !… Si Jaurès n’avait pas été tué, je serais peut-être arrivé au pouvoir, mais ce dont je suis sûr, c’est que je n’y serais pas resté. J’étais debout, et je criais aux Français : “Je fais la guerre !” Lui se serait traîné à genoux, sanglotant : “Faisons la paix !” Le Monstre ! En une séance, il m’aurait renversé ! Voilà de quoi, mes amis, dépend le sort d’une nation : d’un assassin ! »
 
 
Même après sa mort, le premier flic de France vouait aux gémonies le grand Jaurès en le méprisant et en l’insultant. Mais il indiquait clairement que la mort de Jaurès était la condition nécessaire pour le déclenchement de la grande tuerie.
 
 
Il y eut alors des millions de morts. La barbarie voulait écraser d’effroi les travailleurs sous l’uniforme. 45 000 refusèrent la mobilisation et furent déserteurs et réfractaires. Il fallait aux brutes galonnées terroriser les soldats. Dès août 1914, des dizaines de soldats furent fusillés pour l’exemple. La machine à tuer ne fit que s’emballer.
 
 
Mais le « Tuer ou se faire tuer » laissa la place dans les tranchées au « Vivre et laisser vivre ». Et les fraternisations commencèrent. Les mutineries suivirent. En Russie, les soldats constituaient leur soviet, élisez leurs officiers, jetaient les fusils, ils refusaient la boucherie. Et la lueur de Février devint la lumière d’Octobre.
 
 
En 1917, sur le Front en France, 68 des 112 divisions se mutinèrent. La France commençait à parler le russe. Mais la répression s’abattit pour interdire la contagion. 629 soldats furent condamnés à mort et 50 furent effectivement fusillés ………… pour l’exemple.
 
 
Il y eut 639 Fusillés pour l’exemple durant ces années de guerre, victimes de la haine et d’une justice militaire aux ordres. Leurs camarades et l’opinion démocratique combattirent inlassablement pour que l’honneur leur soit rendu. 40 furent réhabilités entre les deux guerres. Il en reste 600 dont il faut laver l’opprobre. Pour eux, pour leur famille, pour la République, pour la vieille CGT dont nombre d’entre eux furent membres, ce qui les désigna souvent comme « meneurs » à la vindicte de généraux assassins.
 
 
Aujourd'hui il est hautement significatif que dans les deux Confédérations ouvrières issues de cette vieille CGT  se trouvent des mots communs pour condamner l'acharnement d'une vengeance de classe dans les choix faits par les hauts-gradés de faire fusiller tel ou tel poilu. La cause de la réhabilitation est aussi désormais celle du mouvement ouvrier, ce qui n'étonnera que les ignorants, puisque cette cause est une cause humaine
 
 
La même haine et la même vindicte des gradés et des gouvernements poursuivent à travers l’Histoire les Fusillés pour l’exemple. Les Présidents de la République sont aux ordres de l’armée. Rien ne doit déplaire à la Grande muette qui l’est surtout quand il s’agit de rendre justice et honneur aux victimes et à leurs familles. Mais cette bataille, ils l’ont encore perdue, surtout dans l’opinion publique démocratique qui les a voués aux gémonies pour leurs turpitudes honteuses.
 
 
Le Président de la République s’est renié, une fois de plus. On n’a rien à attendre de lui. Il ne peut, en effet, envoyer la troupe aux quatre coins du monde pour les « opérations extérieures », c’est-à-dire pour des guerres coloniales qui n’osent pas dire leur nom, et rendre justice à ceux qui ont dit non à la guerre.
 
 
C’est le peuple souverain qui prononcera la réhabilitation collective des 639 Fusillés pour l’exemple de 1914-1918. La République, c’est nous. C’est pourquoi, la Libre Pensée a pris l’initiative d’une souscription nationale pour que soit érigé un monument sur la ligne de Front en hommage aux Fusillés pour l’exemple. Nous vous appelons à y souscrire massivement. Plusieurs sculpteurs ont déposés des projets, nous choisirons bientôt parmi ces œuvres proposées.
 
 
Fin 2014, à Soissons, nous avons tenu un colloque sur les généraux fusilleurs. Une sentence les condamnant a été prononcée. Les Actes de ce Colloque sont en vente aujourd’hui au prix de 10€. Ils sont un élément important du procès que fait la conscience humaine contre la guerre et les assassins.
 
 
Les 28 et 29 novembre 2015, se tiendra aussi à Saint-Nazaire un colloque national sur les mutins, réfractaires, insoumis, déserteurs et objecteurs de conscience. Hommage sera rendu à Nicolas Faucier, militant libertaire et pacifiste.
 
 
En proclamant la réhabilitation collective des 639 Fusillés pour l’exemple, en condamnant les généraux assassins, nous gravons dans le marbre de l’Histoire cette devise du Bureau international du Travail : « Si tu veux la paix, cultive la justice ».
 
 
Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,
 
 
Les militaires, les patrons et les curés veulent faire tourner la roue de l’Histoire à l’envers. Ils veulent un nouvel ordre mondial sous la houlette de la Troïka : FMI, Banque mondiale, Union européenne. Comme en 1914, ce sont toujours les peuples que l’on saigne et que l’on tue.
 
 
Ils ont tué Jaurès, mais ils n’ont pu tuer son enseignement. Voici ce que disait le premier exécuté pour l’exemple de la Première Guerre mondiale : « Nous savons que dans l’état du monde et de l’Europe les nations distinctes et autonomes sont la condition de la liberté humaine et du progrès humain. Tant que le prolétariat international ne sera pas assez organisé pour amener l’Europe à l’état d’unité, l’Europe ne pourrait être unifiée que par une sorte de césarisme monstrueux, par un saint empire capitaliste qui écraserait à la fois les fiertés nationales et les revendications prolétariennes. Nous ne voulons pas d’une domesticité internationale, nous voulons l’Internationale de la liberté, de la justice et du droit ouvrier. »
 
 
Jaurès reprenait Victor Hugo : « La liberté commence où l’ignorance finit ». C’est pour en finir avec l’ignorance, pour faire triompher la liberté et, en premier lieu, la liberté de conscience qui est la matrice principielle de toutes les libertés, que la Libre Pensée a pris l’initiative de l’organisation d’une manifestation nationale laïque le samedi 5 décembre 2015 à 15h, place de la République à Paris,  à l’occasion du 110e anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat.
 
 
Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,
 
 
Si vous voulez :
 
 
Être véritablement laïque !
 
 
Etre fidèle à la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat (loi de 1905) !
 
 
Que les impôts de tous servent uniquement à l'école de tous les enfants !
 
 
Que l'effort de la Nation serve exclusivement à l'Ecole publique !
 
(Serment de Vincennes du 13 juin 1960)
 
 
Etre fidèle à « Fonds publics à l’Ecole publique, fonds privés à l’école privée » !
 
Si vous êtes :
 
Contre la privatisation de l'Ecole publique qui passe par l'identification
 
avec l'école privée, ce  qui est le caractère propre de tous les gouvernements
 
de droite comme de "gauche " !
 
Pour que toutes les religions soient maintenues en dehors de l'Ecole publique
 
et de la sphère publique !
 
Pour que l'Etat reste neutre vis à vis de toutes les religions quelles qu’elles soient !
 
Pour que les lois du Régime de Vichy soient enfin abrogées
 
et la législation républicaine et laïque restaurée !
 
Pour que les 10 milliards d’euros, annuellement volés
 
pour l’enseignement catholique, soient restitués à l’Ecole laïque !
 
 
Alors vous serez avec la Libre Pensée et de nombreuses associations laïques dans la rue pour défendre la laïcité de l’Ecole et de l’Etat.
 
 
On n’a pas fini d’entendre à nouveau dans ce pays, le mot d’ordre des combattants de la liberté :
 
 
Ni dieu, Ni Maître !
 
A bas la Calotte !
 
Et vive la Sociale !
 
 
Je vous remercie
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